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Dire « avoir » : une construction, pas un verbe

Le russe possède bien un verbe иметь, mais il ne s’en sert presque jamais pour dire qu’on possède quelque chose. Il retourne la phrase : au lieu de « j’ai une voiture », il dit « chez moi il y a une voiture ».

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Il n’existe pas, en russe courant, de phrase qui dise « je possède ». Pour annoncer qu’une chose est à vous, la langue vous déplace : elle fait de vous un lieu, et de la chose un sujet qui se trouve là. Toute la grammaire de la possession découle de ce renversement, y compris ce qui, au premier abord, paraît capricieux — l’accord du passé, la disparition du verbe, le basculement des cas sous la négation.

Le mécanisme : le possesseur devient un lieu

La construction russe de la possession comporte trois pièces, que l’ordre neutre range toujours de la même façon. La préposition у ou introduit le possesseur, qui se met au génitif ; vient ensuite la forme есть iest’, « il y a » ; vient enfin la chose possédée, qui reste au nominatif.

Retenez la conséquence, car elle décide de tout le reste : la chose possédée est le sujet grammatical de la phrase, et le possesseur n’en est qu’un complément de lieu. Le russe ne dit pas « je possède une voiture » mais « auprès de moi se trouve une voiture ».

Cette seule observation vous évitera plus tard une série de fautes. Si la chose possédée est le sujet, c’est avec elle que le verbe s’accordera au passé et au futur ; c’est elle, et non vous, qui décidera entre был et была. Et si la négation lui retire son statut de sujet, la phrase n’aura plus de sujet du tout, ce qui expliquera qu’elle se fige au neutre. Tenez le mécanisme, les règles viendront d’elles-mêmes.

Un mot sur la forme есть. C’est la troisième personne du singulier du verbe быть byt’, « être », seul vestige vivant d’un présent disparu. Elle ne se conjugue pas : la même syllabe vaut pour toutes les personnes et les deux nombres. L’absence de copule qui en résulte est traitée à la page la phrase sans « être ».

Deux mots identiques, deux sens. есть signifie « il y a », mais c’est aussi l’infinitif du verbe « manger ». Rien ne les distingue à l’écrit ni à l’oral, seule la place dans la phrase tranche : У меня есть хлеб Ou mieniá iest’ khlieb, « j’ai du pain », contre Я хочу есть Ia khotchoú iest’, « j’ai faim », mot à mot « je veux manger ».

La question se forme sans auxiliaire et sans inversion : on garde l’ordre de l’affirmation et l’on monte la voix sur le dernier mot, comme l’explique la page poser une question. La réponse brève, elle, surprend les francophones : au lieu de « oui » ou de « non », le russe reprend le mot qui porte l’information, c’est-à-dire есть ou нет, sans répéter le reste de la phrase.

Dernier point avant d’entrer dans le détail : rien, dans la phrase, ne dit si la chose possédée est définie ou non. Le russe n’a pas d’articles, et У меня есть машина se rendra par « j’ai une voiture » dans presque tous les contextes, mais rien n’empêche de comprendre « j’ai la voiture » si la conversation portait déjà sur un véhicule précis. Voyez l’absence d’articles.

Le possesseur au génitif

Tout ce qui suit у passe au génitif, sans exception. Avec un nom, on applique la déclinaison ordinaire ; avec un pronom personnel, on emploie les formes du tableau ci-dessous, à apprendre en bloc.

Les pronoms personnels après у
NominatifAprès уSens
яу меня ou mieniáj’ai
тыу тебя ou tiebiátu as
ону него ou niegóil a
онау неё ou nieióelle a
мыу нас ou nasnous avons
выу вас ou vasvous avez
ониу них ou nikhils ont

Une remarque sur la troisième personne. Le génitif de он est его, celui de она est её, celui de они est их ; mais après у, comme après les prépositions courantes, ils prennent un н- initial. On dit donc у него et jamais у его : voyez les pronoms personnels.

Le tableau suivant met les deux colonnes côte à côte, pour que ce н- cesse d’être une bizarrerie isolée. Il n’apparaît qu’après la préposition ; hors de là, le génitif reste nu. Notez au passage que оно, le neutre, se comporte exactement comme он, ce qui ramène le tableau aux six personnes de la conjugaison.

Le génitif seul et le génitif après une préposition
PronomGénitif seulAprès уExemple
яменя mieniáу меняУ меня есть вопрос. — J’ai une question.
тытебя tiebiáу тебяУ тебя есть ручка? — As-tu un stylo ?
он, оноего iegóу него ou niegóУ него есть собака. — Il a un chien.
онаеё ieióу неё ou nieióУ неё есть брат. — Elle a un frère.
мынас nasу насУ нас есть время. — Nous avons le temps.
вывас vasу васУ вас есть вопросы? — Avez-vous des questions ?
ониих ikhу них ou nikhУ них есть дети. — Ils ont des enfants.

Pour vérifier que vous avez bien compris où se logent les deux formes, retenez une phrase sans préposition : Его нет дома Iegó niet dóma, « il n’est pas chez lui ». Le génitif y est bien его, parce qu’aucune préposition ne le précède. Le choix entre у тебя et у вас, lui, ne relève pas de la grammaire mais de la politesse : la page tutoyer ou vouvoyer dit quand passer de l’un à l’autre.

Avec un nom, rien de particulier : le nom prend son génitif, adjectifs et possessifs compris.

Le tableau qui suit range les possesseurs les plus courants par type, du nom simple au groupe nominal complet. Vous y verrez que la construction n’impose aucune limite : un prénom, un prénom accompagné de son patronyme, un pluriel, un démonstratif, un interrogatif, et même un objet inanimé peuvent occuper la place du possesseur.

Les possesseurs autres qu’un pronom
Au nominatifAprès уPhrase complète
брат frèreу брата ou brátaУ брата есть собака. — Mon frère a un chien.
сестра sœurу сестры ou siestrýУ моей сестры есть машина. — Ma sœur a une voiture.
Маша prénomу Маши ou MáchiУ Маши есть кот. — Macha a un chat.
Иван Петрович prénom et patronymeу Ивана Петровича ou Ivána PietróvitchaУ Ивана Петровича есть дача. — Ivan Petrovitch a une datcha.
родители parentsу родителей ou rodítielieïУ родителей есть сад. — Mes parents ont un jardin.
соседи voisinsу соседей ou sossiédieïУ наших соседей есть кошка. — Nos voisins ont une chatte.
кто quiу кого ou kogóУ кого есть ручка? — Qui a un stylo ?
эта машина cette voitureу этой машины ou ètoï machínyУ этой машины есть навигатор. — Cette voiture a un GPS.
эта проблема ce problèmeу этой проблемы ou ètoï probliémyУ этой проблемы есть решение. — Ce problème a une solution.

Les deux dernières lignes méritent qu’on s’y arrête. Comme le possesseur n’est en réalité qu’un complément de lieu, rien n’exige qu’il soit une personne : une voiture, un mot, un problème peuvent « avoir » quelque chose, exactement comme en français. Pour les prénoms accompagnés du patronyme, la page prénoms et patronymes montre comment l’ensemble se décline ; pour les terminaisons du génitif, voyez la déclinaison des féminins.

Un cas particulier à connaître tout de suite, parce qu’il revient dans la conversation courante : quand le possesseur est un pronom négatif, la préposition se glisse à l’intérieur du mot. On ne dit pas у никого mais ни у кого ni ou kogó, en trois mots séparés.

Ce découpage vaut pour tous les pronoms négatifs et se trouve expliqué à la page les pronoms négatifs.

Un même у, deux lectures

La même préposition у sert par ailleurs à dire « chez » : Я был у врача Ia byl ou vratchá, « j’étais chez le médecin ». Les deux emplois ne se confondent pas, car la possession fait toujours apparaître un second nom, celui de la chose possédée. Le régime des prépositions est récapitulé à la page quelle préposition, quel cas.

Dans la pratique, le test est simple et tient en une question : y a-t-il, après le possesseur, un nom qui désigne ce qui est possédé ? Si oui, vous lisez une possession. Si le groupe у plus génitif s’arrête là et dépend d’un verbe de lieu — être, aller, habiter, dîner —, vous lisez « chez ». Le même groupe de mots, у врача, change donc de sens selon ce qui l’entoure, et aucune faute n’est possible si l’on regarde la phrase entière plutôt que les deux premiers mots.

Deux lectures de у врача
StructureLectureExemple
у + génitif, avec un verbe de lieu« chez quelqu’un », « auprès de quelque chose »Я был у врача. Ia byl ou vratchá. — J’étais chez le médecin.
у + génitif, puis есть et un nompossessionУ врача есть время. Ou vratchá iest’ vriémia. — Le médecin a le temps.
у + génitif, puis нет et un génitifpossession niéeУ врача нет времени. Ou vratchá niet vriémieni. — Le médecin n’a pas le temps.
у + nom de choseproximité, « près de »Стол стоит у окна. Stol stoít ou okná. — La table est près de la fenêtre.

Pour compléter le tableau, sachez que ce « chez » entre dans une série de trois. La direction se dit avec к et le datif, Я иду к врачу Ia idoú k vratchoú, « je vais chez le médecin » ; le lieu avec у et le génitif, Я у врача, « je suis chez le médecin » ; la provenance avec от et le génitif, Я иду от врача Ia idoú ot vratchá, « je reviens de chez le médecin ». Cette répartition du lieu et du mouvement est l’objet de la page le lieu et la direction.

Exercez-vous : la construction et le possesseur

Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille la construction en у et le génitif du possesseur. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. У меня есть ___. (J’ai une sœur.)
  2. У ___ есть брат. (Elle a un frère.)
  3. У ___ есть вопрос. (Il a une question.)
  4. У ___ есть ручка? (As-tu un stylo ?)
  5. У ___ есть время? (Avez-vous le temps ? — vouvoiement.)
  6. У ___ есть дети. (Ils ont des enfants.)
  7. У ___ есть собака. (Mon frère a un chien.)
  8. У ___ есть кот. (Macha a un chat.)
  9. У ___ есть квартира в центре. (Ivan a un appartement dans le centre.)
  10. У ___ есть дача. (Mes parents ont une datcha.)
  11. У ___ друга есть билеты. (Mon ami a des billets.)
  12. У ___ есть вопрос? (Qui a une question ?)

Avec есть ou sans

Au présent affirmatif, есть s’omet couramment. Ce n’est pas une négligence : l’alternance porte un sens.

On garde есть quand la question est l’existence même de la chose : on affirme qu’elle est là, ou l’on demande si elle l’est.

  • У вас есть машина? Ou vas iest’ machína ? — Avez-vous une voiture ?
  • Да, у меня есть машина. Da, ou mieniá iest’ machína. — Oui, j’ai une voiture.
  • У них есть деньги. Ou nikh iest’ dién’gui. — Ils ont de l’argent.

On supprime есть quand l’existence va de soi et que l’information porte sur une qualité. Chacun a des yeux ; ce qu’on annonce, c’est leur couleur.

  • У неё голубые глаза. Ou nieió goloubýie glazá. — Elle a les yeux bleus.
  • У него длинные волосы. Ou niegó dlínnyie vólossy. — Il a les cheveux longs.
  • У них большая квартира. Ou nikh bol’cháia kvartíra. — Ils ont un grand appartement.
  • У меня новая машина. Ou mieniá nóvaia machína. — J’ai une voiture neuve.
  • У него температура. Ou niegó tiempieratoúra. — Il a de la fièvre.

У меня есть машина répond à « avez-vous une voiture ? » ; У меня новая машина répond à « comment est votre voiture ? ». La première pose l’objet, la seconde le décrit — même logique que la place des mots, exposée à la page l’ordre des mots.

Le même raisonnement s’applique aux états du corps et de l’humeur, et c’est là que le francophone hésite le plus. Une fièvre, une grippe, un mal de tête ne sont pas des biens qu’on possède : ce sont des états qu’on constate. La langue les traite donc comme une qualité, et есть disparaît. Dire У него есть температура ferait entendre que l’existence d’une fièvre est en cause, ce qui n’est jamais le propos.

  • У него грипп. Ou niegó grip. — Il a la grippe.
  • У меня болит голова. Ou mieniá bolít golová. — J’ai mal à la tête.
  • У неё хорошее настроение. Ou nieió khorócheie nastroiéniie. — Elle est de bonne humeur.
  • У него плохой характер. Ou niegó plokhóï kharáktier. — Il a mauvais caractère.

Troisième famille de phrases sans есть : celles qui annoncent une quantité. Dès qu’un nombre ou un mot de quantité occupe la place, l’existence de la chose n’est plus en cause et le verbe s’efface presque toujours. Le nom qui suit se met alors au génitif, non pas à cause de la construction en у, mais parce que tout mot de quantité l’exige : voyez les numéraux et le génitif.

  • У меня два брата. Ou mieniá dva bráta. — J’ai deux frères.
  • У меня много работы. Ou mieniá mnógo rabóty. — J’ai beaucoup de travail.
  • У них трое детей. Ou nikh tróie dietiéï. — Ils ont trois enfants.

Reste un cas que votre intuition de francophone va vouloir ranger ici, et qui n’y appartient pas : l’âge. « J’ai vingt ans » n’emploie pas du tout la construction en у. Le russe attribue l’âge à la personne par le datif : Мне двадцать лет Mnie dvádtsat’ liet, Ей тридцать лет Ieï trídtsat’ liet, et l’on demande Сколько вам лет? Skól’ko vam liet ?. Le détail des nombres et de l’âge est à la page l’heure, la date, l’âge.

Ce que la phrase annonce, et le sort de есть
L’information porte surестьExemple
l’existence de la choseprésentУ вас есть машина? — Avez-vous une voiture ?
une qualité de la choseabsentУ неё голубые глаза. — Elle a les yeux bleus.
un état du corps, une maladieabsentУ него температура. — Il a de la fièvre.
une humeur, un trait de caractèreabsentУ него плохой характер. — Il a mauvais caractère.
une quantité, un nombrele plus souvent absentУ меня много работы. — J’ai beaucoup de travail.
l’âgeconstruction en у inemployéeМне двадцать лет. — J’ai vingt ans.

La frontière n’est pas étanche : beaucoup de phrases acceptent les deux formes. Évitez seulement d’employer есть partout par prudence — cela s’entend.

La négation : нет et le génitif

Ici, la construction change de forme. нет niet remonte à une tournure ancienne qui soudait une négation, le verbe « être » et un adverbe de lieu — « il n’est pas là » —, et il entraîne une conséquence lourde : la chose absente passe au génitif et cesse d’être sujet. La phrase devient impersonnelle.

нет est invariable : singulier ou pluriel, masculin ou féminin, il ne bouge pas. Et contrairement à есть, on ne le supprime jamais : У меня нет новой машины, jamais У меня новой машины.

Une précision qui épargne une faute très répandue : la négation de la possession n’emploie jamais la suite не есть. Le français place une négation devant son verbe, le russe remplace le verbe par un autre mot. нет n’est donc pas не suivi de есть : c’est un mot entier, qui porte à lui seul la négation, l’existence et le présent. Le même mot sert d’ailleurs à répondre « non », si bien qu’une phrase peut le contenir deux fois : Нет, у меня нет машины Niet, ou mieniá niet machíny, « non, je n’ai pas de voiture ».

Le génitif qui suit demande de l’entraînement, car il tombe sur le nom de la chose absente et non sur le possesseur, lequel était déjà au génitif. Deux génitifs se suivent donc dans la phrase, pour deux raisons différentes. Le tableau ci-dessous donne les formes les plus fréquentes ; les pluriels, souvent imprévisibles, sont rassemblés à la page le génitif pluriel.

La chose absente passe au génitif
Au nominatifAprès нетPhrase
машина voitureмашины machínyУ меня нет машины. — Je n’ai pas de voiture.
сестра sœurсестры siestrýУ меня нет сестры. — Je n’ai pas de sœur.
брат frèreбрата brátaУ меня нет брата. — Je n’ai pas de frère.
время tempsвремени vriémieniУ него нет времени. — Il n’a pas le temps.
деньги argentденег diéniegУ нас нет денег. — Nous n’avons pas d’argent.
дети enfantsдетей dietiéïУ них нет детей. — Ils n’ont pas d’enfants.
вопросы questionsвопросов voprósovУ неё нет вопросов. — Elle n’a pas de questions.
билеты billetsбилетов biliétovУ нас нет билетов. — Nous n’avons pas de billets.

Côte à côte, le basculement saute aux yeux.

Quand ce n’est pas une chose précise qui manque, mais tout, le russe emploie les pronoms négatifs, eux-mêmes au génitif. ничего nitchegó sert pour les choses, никого nikogó pour les personnes, et l’ordre habituel les place avant нет.

Le même нет nie l’existence sans possesseur : В городе нет метро V górodie niet mietró, « il n’y a pas de métro en ville ». Ce basculement vers le génitif sous la négation a ses règles propres, exposées à la page le génitif de négation ; pour la place de не et la double négation, voyez la négation.

Exercez-vous : l’affirmation et la négation

Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille le choix de есть et le passage au génitif sous la négation. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. У меня ___ машина. (J’ai une voiture.)
  2. У вас ___ вопросы? (Avez-vous des questions ?)
  3. У него ___ машина. (Il a une voiture neuve — on sait déjà qu’il en a une.)
  4. У неё ___ глаза. (Elle a les yeux bleus.)
  5. У него ___. (Il a de la fièvre.)
  6. У меня нет ___. (Je n’ai pas de voiture.)
  7. У него нет ___. (Il n’a pas le temps.)
  8. В городе ___ метро. (Il n’y a pas de métro en ville.)
  9. У нас нет ___. (Nous n’avons pas d’argent.)
  10. У них нет ___. (Ils n’ont pas d’enfants.)
  11. У неё нет ___. (Elle n’a pas de questions.)
  12. У врача ___ времени. (Le médecin n’a pas le temps en ce moment.)

Le passé et le futur

Au passé et au futur, есть cède la place au verbe быть. La règle d’accord est celle du mécanisme décrit plus haut : à l’affirmatif, le verbe s’accorde avec la chose possédée, qui est le sujet ; au négatif, il n’y a plus de sujet, et le verbe se fige au neutre singulier.

Les six formes de la construction, sur машина (féminin)
TempsAffirmationNégation
PrésentУ меня есть машина. Ou mieniá iest’ machína. — J’ai une voiture.У меня нет машины. Ou mieniá niet machíny. — Je n’ai pas de voiture.
PasséУ меня была машина. Ou mieniá bylá machína. — J’avais une voiture.У меня не было машины. Ou mieniá nie bylo machíny. — Je n’avais pas de voiture.
FuturУ меня будет машина. Ou mieniá boúdiet machína. — J’aurai une voiture.У меня не будет машины. Ou mieniá nie boúdiet machíny. — Je n’aurai pas de voiture.

À l’affirmatif, la forme du verbe suit le genre et le nombre de la chose, non ceux de la personne.

C’est ici que la logique du renversement se paie comptant. Une femme qui raconte son enfance dira У меня был велосипед Ou mieniá byl vielossipiéd, « j’avais un vélo », avec un masculin, parce que c’est le vélo qui gouverne l’accord. Inversement, un homme dira У меня была собака, avec un féminin. Le possesseur n’intervient jamais. Le tableau suivant isole cette mécanique, qu’il faut pouvoir produire sans réfléchir ; la formation des quatre formes du passé est à la page le passé.

Le verbe suit la chose possédée, non la personne
Chose possédéeGenrePasséFutur
брат frèremasculinУ меня был брат. bylУ меня будет брат. boúdiet
сестра sœurfémininУ меня была сестра. byláУ меня будет сестра. boúdiet
время tempsneutreУ меня было время. býloУ меня будет время. boúdiet
деньги argentplurielУ меня были деньги. býliУ меня будут деньги. boúdout
дети enfantsplurielУ них были дети. býliУ них будут дети. boúdout

Une seule exception apparente, et elle confirme la règle : avec un mot de quantité, le verbe se met au neutre singulier, parce que c’est le mot de quantité, et non le nom, qui occupe la place du sujet. On dit donc У меня было много работы Ou mieniá býlo mnógo rabóty, « j’avais beaucoup de travail », avec было malgré le féminin работа.

Au négatif, en revanche : quels que soient le genre et le nombre, la forme reste не было, puis не будет. Dans не было, l’accent du groupe se porte sur la particule, et nos transcriptions laissent donc bylo sans marque — le phénomène est décrit à la page la négation.

Retenez bien l’asymétrie, car elle fait trébucher presque tous les débutants : à l’affirmatif, quatre formes possibles au passé et deux au futur, toutes réglées par la chose possédée ; au négatif, une seule forme figée, suivie du génitif. Le français, qui garde « j’avais » et « je n’avais pas » symétriques, n’offre ici aucun appui.

Ce не было invariable se retrouve hors de la possession, pour dire qu’une personne n’était pas quelque part : Его не было на работе Iegó nie bylo na rabótie, « il n’était pas au travail ». La personne absente y est au génitif, exactement comme la chose absente dans nos phrases, et la préposition manque, ce qui explique его et non него.

будет et будут sont les seules formes de futur employées ici. La formation complète des deux futurs est à la page les deux futurs ; celle du passé, à la page le passé.

Exercez-vous : le passé et le futur

Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille le passé et le futur de la construction, à l’affirmatif comme au négatif. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. У меня ___ брат. (J’avais un frère.)
  2. У меня ___ сестра. (J’avais une sœur.)
  3. У него ___ время. (Il avait le temps.)
  4. У нас ___ собака. (Nous avions un chien.)
  5. У них ___ проблемы. (Ils avaient des problèmes.)
  6. У студентов ___ экзамен. (Les étudiants avaient un examen.)
  7. У меня не ___ времени. (Je n’ai pas eu le temps.)
  8. У неё не ___ братьев. (Elle n’avait pas de frères.)
  9. У нас ___ машина. (Nous aurons une voiture.)
  10. У них ___ деньги. (Ils auront de l’argent.)
  11. У вас ___ вопросы? (Aurez-vous des questions ?)
  12. У меня не ___ времени. (Je n’aurai pas le temps.)

Иметь, le verbe qui existe quand même

Le verbe иметь imiét’ se conjugue régulièrement et commande l’accusatif. Il n’est pas rare, mais il ne se répartit pas comme le français « avoir » : avec un objet concret, dans la conversation, la construction en у l’emporte largement. On entend У меня есть машина, non Я имею машину, qui sonne livresque.

En revanche il règne sur les tournures figées, les objets abstraits et la langue écrite ou administrative. Ces expressions se retiennent telles quelles.

Notez la dernière phrase : sous la négation, право quitte l’accusatif pour le génitif права — la même alternance que celle de нет, appliquée à un verbe transitif ordinaire. La conjugaison de иметь est décrite à la page comment le verbe fonctionne.

Elle ne pose du reste aucune difficulté : иметь suit le premier type, celui des verbes en -еть dont le radical de présent garde le -е- devant la terminaison, comme le fait уметь, « savoir faire ». Les six formes du présent se devinent donc l’une à partir de l’autre.

Le présent de иметь, avoir
PersonneFormeTranscription
яимеюimiéiou
тыимеешьimiéiech’
он, онаимеетimiéiet
мыимеемimiéiem
выимеетеimiéietie
ониимеютimiéiout

Ce qui s’apprend, ce n’est donc pas le verbe, c’est la liste des locutions où il est de rigueur. En voici les principales, avec le cas qu’elles réclament. Plusieurs ne gouvernent pas l’accusatif mais une préposition, et ces régimes ne se devinent pas : il faut les retenir avec la locution elle-même.

Les locutions où иметь reste obligatoire
LocutionCe qui suitSens
иметь право imiét’ právoun infinitif, ou на + accusatifavoir le droit
иметь значение imiét’ znatchéniierienavoir de l’importance
иметь в виду imiét’ v vidoúun accusatifvouloir dire, penser à
иметь возможность imiét’ vozmójnost’un infinitifavoir la possibilité
иметь представление imiét’ priedstavliéniieо + prépositionnelavoir une idée de
иметь дело imiét’ diéloс + instrumentalavoir affaire à
иметь отношение imiét’ otnochéniieк + datifavoir un rapport avec
иметь успех imiét’ ousspiékhrienavoir du succès

Vous aurez remarqué que ce basculement se répète dans les exemples ci-dessus : не имеет значения, не имею понятия, не имеет отношения, не имею представления. Toutes ces formes sont des génitifs. C’est la règle du génitif de négation, particulièrement vivace avec les noms abstraits, et elle rend ces locutions faciles à reconnaître : au négatif, elles changent de cas.

L’ordre des mots, et ce qu’il met en relief

Le russe ne dispose pas de nos moyens français pour souligner un mot — pas de « c’est… que », pas d’article défini qui oppose le connu au nouveau. Il se sert de la place des mots. La règle générale est simple : ce qui est déjà connu vient d’abord, ce qui est neuf vient à la fin. Dans l’ordre neutre de notre construction, le possesseur ouvre la phrase parce qu’on sait de qui l’on parle, et la chose possédée la ferme parce qu’elle est l’information.

Déplacez la chose en tête, et le propos se renverse : elle devient le thème, ce dont on parle, et c’est есть ou нет qui porte l’information. La phrase ne répond plus à « qu’avez-vous ? » mais à « et la voiture, vous l’avez ? ». Ce procédé est fréquent dans les oppositions.

Trois ordres, trois mises en relief
PhraseCe qui est neufTraduction
У меня есть машина. Ou mieniá iest’ machína.la chose possédéeJ’ai une voiture.
Машина у меня есть. Machína ou mieniá iest’.le fait de l’avoirUne voiture, ça, j’en ai une.
Времени у меня нет. Vriémieni ou mieniá niet.l’absenceDu temps, je n’en ai pas.
У кого есть ручка? Ou kogó iest’ roútchka ?le possesseur, qu’on chercheQui a un stylo ?

Dans la langue parlée, enfin, le possesseur disparaît quand le contexte le fournit, et il ne reste que la chose et le verbe : Ручка есть? Roútchka iest’ ?, « t’as un stylo ? ». La phrase est tout à fait correcte, simplement familière. L’ensemble de ces déplacements et ce qu’ils signifient sont traités à la page l’ordre des mots.

Les « avoir » français qui se disent autrement

Le verbe français recouvre quantité de tournures qui n’ont rien à voir avec la possession. Aucune ne se traduit par у меня есть.

Comme ces tournures sont fréquentes et qu’aucune ne se devine, voici la liste de celles qu’un débutant rencontre dans ses premières semaines. Lisez la troisième colonne : elle vous dira quelle page du dossier consulter si la construction vous échappe.

Le verbe français « avoir » et ses équivalents russes
En françaisEn russeConstruction
avoir vingt ansМне двадцать лет. Mnie dvádtsat’ liet.datif de la personne, puis le nombre
avoir froidМне холодно. Mnie khólodno.datif, puis un adverbe
avoir chaudМне жарко. Mnie járko.datif, puis un adverbe
avoir honteМне стыдно. Mnie stýdno.datif, puis un adverbe
avoir de la chanceМне повезло. Mnie poviezló.datif, puis un verbe impersonnel au passé
avoir faimЯ хочу есть. Ia khotchoú iest’.vouloir, puis un infinitif
avoir soifЯ хочу пить. Ia khotchoú pit’.vouloir, puis un infinitif
avoir sommeilЯ хочу спать. Ia khotchoú spat’.vouloir, puis un infinitif
avoir besoin d’aideМне нужна помощь. Mnie noujná pómochtch’.datif, puis un adjectif court accordé avec la chose
avoir raisonВы правы. Vy právy.adjectif court accordé avec le sujet
avoir tortВы не правы. Vy nie právy.le même, nié
avoir peur des chiensЯ боюсь собак. Ia boioús’ sobák.verbe pronominal, puis le génitif
avoir l’air fatiguéОн выглядит усталым. On výgliadit oustálym.verbe, puis l’instrumental
avoir mal à la têteУ меня болит голова. Ou mieniá bolít golová.у et le génitif, mais la partie du corps est sujet
avoir le tempsУ меня есть время. Ou mieniá iest’ vriémia.la seule possession véritable de la liste

Trois familles s’en dégagent. L’âge et la sensation passent par le datif ; on les trouve à la page les tournures impersonnelles, et pour l’âge à l’heure, la date, l’âge. « Avoir raison » se rend par un adjectif à forme courte. « Avoir peur » est un verbe qui réclame son propre cas, comme ceux de la page quel cas après quel verbe.

Deux lignes du tableau demandent une attention particulière. « Avoir besoin de » retourne la phrase comme le fait la possession : ce dont vous avez besoin devient le sujet, et нужен s’accorde avec lui, non avec vous. D’où Мне нужен врач Mnie noújen vratch, « j’ai besoin d’un médecin », mais Мне нужна помощь avec un féminin et Мне нужно время Mnie noújno vriémia avec un neutre. Quant à « avoir l’air », il se dit par un verbe suivi de l’instrumental, cas qui marque l’état sous lequel on se présente.

Reste le plus déroutant, parce qu’il est invisible : l’auxiliaire. « J’ai mangé », « j’ai vu » ne contiennent aucune possession. Le russe ne compose aucun temps avec « avoir » : son passé tient en un mot, marqué par le genre et non par la personne.

Dernier point : Он был врачом On byl vratchóm, « il était médecin », ressemble à nos constructions par son verbe, mais elle attribue une qualité et met son attribut à l’instrumental. Ne la mêlez pas à У него был врач, « il avait un médecin ».

La possession n’est pas le possessif. У меня есть брат annonce l’existence d’un frère ; Это мой брат Èto moï brat désigne un frère déjà connu : on présente, ou l’on montre. Les possessifs et leur déclinaison sont à la page les possessifs.

Une construction unique, un basculement de cas sous la négation : la règle tient en trois lignes. La produire sans y penser, dans une phrase qui avance, demande tout autre chose que de la comprendre. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La carte du dossier est à la page la grammaire complète, et l’ensemble de nos guides à la page grammaire.

Exercez-vous : le verbe « avoir » et ses pièges

Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille le verbe иметь et les faux amis du verbe « avoir ». Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Он ___ право. (Il en a le droit.)
  2. Это не ___ значения. (Cela n’a pas d’importance.)
  3. Я ___ в виду совсем другое. (Je veux dire tout autre chose.)
  4. Мы ___ возможность помочь. (Nous avons la possibilité d’aider.)
  5. Он не ___ права так говорить. (Il n’a pas le droit de parler ainsi.)
  6. Я ___ пить. (J’ai soif.)
  7. ___ двадцать лет. (J’ai vingt ans.)
  8. ___ холодно. (J’ai froid.)
  9. У меня ___ голова. (J’ai mal à la tête.)
  10. У ___ есть два сына. (Les voisins ont deux fils.)
  11. Я боюсь ___. (J’ai peur des chiens.)
  12. Вы ___. (Vous avez raison.)

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Questions fréquentes

Comment dit-on « j’ai » en russe ?

Par une construction, non par un verbe : У меня есть Ou mieniá iest’, mot à mot « chez moi il y a ». Le possesseur suit la préposition у et se met au génitif ; la chose possédée reste au nominatif : У меня есть машина, j’ai une voiture.

Pourquoi dit-on « у него » et jamais « у его » ?

Parce que les pronoms de troisième personne prennent un н- initial après une préposition. Le génitif nu reste его, её, их, comme dans Его нет дома, « il n’est pas chez lui » ; mais après у on dit у него, у неё, у них.

Quand faut-il employer « есть » et quand peut-on l’omettre ?

On le garde quand on affirme ou qu’on demande l’existence de la chose : У вас есть машина? On le supprime quand l’existence va de soi et que la phrase porte sur une qualité : У неё голубые глаза, elle a les yeux bleus. La frontière n’est pas étanche et beaucoup de phrases acceptent les deux.

Dit-on « есть » pour une maladie ou une douleur ?

Non : un état se constate, il ne se possède pas. On dit У него температура, il a de la fièvre, У него грипп, il a la grippe, et У меня болит голова, j’ai mal à la tête — cette dernière phrase faisant même de la tête le sujet du verbe.

Comment dit-on « je n’ai pas » ?

Avec нет, qui remplace есть et fait passer la chose absente au génitif : У меня нет машины. La phrase n’a alors plus de sujet. нет est invariable et ne s’omet jamais.

Peut-on dire « у меня не есть » ?

Non, cette suite n’existe pas. Le russe ne nie pas есть en plaçant une négation devant : il le remplace par нет, un mot entier qui porte à lui seul la négation, l’existence et le présent, et qui entraîne le génitif.

Comment dit-on « je n’ai rien » et « il n’a personne » ?

У меня ничего нет Ou mieniá nitchegó niet et У него никого нет Ou niegó nikogó niet : les pronoms négatifs sont eux-mêmes au génitif et précèdent нет. Si une préposition s’en mêle, elle se glisse à l’intérieur du mot : Ни у кого нет ключей, personne n’a les clés.

Comment met-on la construction au passé et au futur ?

есть cède la place à быть. À l’affirmatif, le verbe s’accorde avec la chose possédée : У меня был брат, У меня была сестра, У них будут деньги. Au négatif, il se fige au neutre singulier : не было, не будет, suivis du génitif.

« У врача » signifie-t-il « chez le médecin » ou « le médecin a » ?

Les deux, et c’est la suite de la phrase qui tranche. Avec un verbe de lieu, le groupe se lit « chez » : Я был у врача. Dès qu’apparaissent есть ou нет et un second nom, il s’agit d’une possession : У врача нет времени.

Peut-on dire « я имею » ?

Le verbe иметь existe et commande l’accusatif, mais avec un objet concret il sonne livresque : on dit У меня есть машина. Il reste courant dans les tournures figées et devant un objet abstrait : иметь право, иметь значение, иметь в виду.

Pourquoi « У него был врач » et « Он был врачом » ne se ressemblent-ils pas ?

Parce que la première pose une possession et la seconde attribue une qualité. L’attribut d’un verbe d’état passe le plus souvent à l’instrumental, cas qui n’intervient jamais dans la construction en у.

Comment traduire « avoir froid », « avoir faim », « avoir besoin de » ?

Par le datif de la personne, jamais par la possession : Мне холодно, j’ai froid, Мне нужна помощь, j’ai besoin d’aide — où нужен s’accorde avec la chose, d’où Мне нужен врач et Мне нужно время. La faim et la soif passent par le verbe vouloir : Я хочу есть, Я хочу пить.

L’âge se dit-il avec la construction en « у » ?

Non, jamais. L’âge s’attribue à la personne par le datif : Мне двадцать лет Mnie dvádtsat’ liet, et la question se pose Сколько вам лет? Skól’ko vam liet ?.

Peut-on mettre la chose possédée en tête de la phrase ?

Oui, et cela change ce que la phrase met en relief. L’ordre neutre place l’information neuve à la fin : У меня есть машина. Si la chose est déjà en question, elle passe devant et l’accent tombe sur le fait de l’avoir ou non : Машина у меня есть, а гаража нет, une voiture, j’en ai une, mais pas de garage.

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