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Le russe possède bien un verbe иметь, mais il ne s’en sert presque jamais pour dire qu’on possède quelque chose. Il retourne la phrase : au lieu de « j’ai une voiture », il dit « chez moi il y a une voiture ».
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Il n’existe pas, en russe courant, de phrase qui dise « je possède ». Pour annoncer qu’une chose est à vous, la langue vous déplace : elle fait de vous un lieu, et de la chose un sujet qui se trouve là. Toute la grammaire de la possession découle de ce renversement, y compris ce qui, au premier abord, paraît capricieux — l’accord du passé, la disparition du verbe, le basculement des cas sous la négation.
La construction russe de la possession comporte trois pièces, que l’ordre neutre range toujours de la même façon. La préposition у ou introduit le possesseur, qui se met au génitif ; vient ensuite la forme есть iest’, « il y a » ; vient enfin la chose possédée, qui reste au nominatif.
Retenez la conséquence, car elle décide de tout le reste : la chose possédée est le sujet grammatical de la phrase, et le possesseur n’en est qu’un complément de lieu. Le russe ne dit pas « je possède une voiture » mais « auprès de moi se trouve une voiture ».
Cette seule observation vous évitera plus tard une série de fautes. Si la chose possédée est le sujet, c’est avec elle que le verbe s’accordera au passé et au futur ; c’est elle, et non vous, qui décidera entre был et была. Et si la négation lui retire son statut de sujet, la phrase n’aura plus de sujet du tout, ce qui expliquera qu’elle se fige au neutre. Tenez le mécanisme, les règles viendront d’elles-mêmes.
Un mot sur la forme есть. C’est la troisième personne du singulier du verbe быть byt’, « être », seul vestige vivant d’un présent disparu. Elle ne se conjugue pas : la même syllabe vaut pour toutes les personnes et les deux nombres. L’absence de copule qui en résulte est traitée à la page la phrase sans « être ».
Deux mots identiques, deux sens. есть signifie « il y a », mais c’est aussi l’infinitif du verbe « manger ». Rien ne les distingue à l’écrit ni à l’oral, seule la place dans la phrase tranche : У меня есть хлеб Ou mieniá iest’ khlieb, « j’ai du pain », contre Я хочу есть Ia khotchoú iest’, « j’ai faim », mot à mot « je veux manger ».
La question se forme sans auxiliaire et sans inversion : on garde l’ordre de l’affirmation et l’on monte la voix sur le dernier mot, comme l’explique la page poser une question. La réponse brève, elle, surprend les francophones : au lieu de « oui » ou de « non », le russe reprend le mot qui porte l’information, c’est-à-dire есть ou нет, sans répéter le reste de la phrase.
Dernier point avant d’entrer dans le détail : rien, dans la phrase, ne dit si la chose possédée est définie ou non. Le russe n’a pas d’articles, et У меня есть машина se rendra par « j’ai une voiture » dans presque tous les contextes, mais rien n’empêche de comprendre « j’ai la voiture » si la conversation portait déjà sur un véhicule précis. Voyez l’absence d’articles.
Tout ce qui suit у passe au génitif, sans exception. Avec un nom, on applique la déclinaison ordinaire ; avec un pronom personnel, on emploie les formes du tableau ci-dessous, à apprendre en bloc.
| Nominatif | Après у | Sens |
|---|---|---|
| я | у меня ou mieniá | j’ai |
| ты | у тебя ou tiebiá | tu as |
| он | у него ou niegó | il a |
| она | у неё ou nieió | elle a |
| мы | у нас ou nas | nous avons |
| вы | у вас ou vas | vous avez |
| они | у них ou nikh | ils ont |
Une remarque sur la troisième personne. Le génitif de он est его, celui de она est её, celui de они est их ; mais après у, comme après les prépositions courantes, ils prennent un н- initial. On dit donc у него et jamais у его : voyez les pronoms personnels.
Le tableau suivant met les deux colonnes côte à côte, pour que ce н- cesse d’être une bizarrerie isolée. Il n’apparaît qu’après la préposition ; hors de là, le génitif reste nu. Notez au passage que оно, le neutre, se comporte exactement comme он, ce qui ramène le tableau aux six personnes de la conjugaison.
| Pronom | Génitif seul | Après у | Exemple |
|---|---|---|---|
| я | меня mieniá | у меня | У меня есть вопрос. — J’ai une question. |
| ты | тебя tiebiá | у тебя | У тебя есть ручка? — As-tu un stylo ? |
| он, оно | его iegó | у него ou niegó | У него есть собака. — Il a un chien. |
| она | её ieió | у неё ou nieió | У неё есть брат. — Elle a un frère. |
| мы | нас nas | у нас | У нас есть время. — Nous avons le temps. |
| вы | вас vas | у вас | У вас есть вопросы? — Avez-vous des questions ? |
| они | их ikh | у них ou nikh | У них есть дети. — Ils ont des enfants. |
Pour vérifier que vous avez bien compris où se logent les deux formes, retenez une phrase sans préposition : Его нет дома Iegó niet dóma, « il n’est pas chez lui ». Le génitif y est bien его, parce qu’aucune préposition ne le précède. Le choix entre у тебя et у вас, lui, ne relève pas de la grammaire mais de la politesse : la page tutoyer ou vouvoyer dit quand passer de l’un à l’autre.
Avec un nom, rien de particulier : le nom prend son génitif, adjectifs et possessifs compris.
Le tableau qui suit range les possesseurs les plus courants par type, du nom simple au groupe nominal complet. Vous y verrez que la construction n’impose aucune limite : un prénom, un prénom accompagné de son patronyme, un pluriel, un démonstratif, un interrogatif, et même un objet inanimé peuvent occuper la place du possesseur.
| Au nominatif | Après у | Phrase complète |
|---|---|---|
| брат frère | у брата ou bráta | У брата есть собака. — Mon frère a un chien. |
| сестра sœur | у сестры ou siestrý | У моей сестры есть машина. — Ma sœur a une voiture. |
| Маша prénom | у Маши ou Máchi | У Маши есть кот. — Macha a un chat. |
| Иван Петрович prénom et patronyme | у Ивана Петровича ou Ivána Pietróvitcha | У Ивана Петровича есть дача. — Ivan Petrovitch a une datcha. |
| родители parents | у родителей ou rodítielieï | У родителей есть сад. — Mes parents ont un jardin. |
| соседи voisins | у соседей ou sossiédieï | У наших соседей есть кошка. — Nos voisins ont une chatte. |
| кто qui | у кого ou kogó | У кого есть ручка? — Qui a un stylo ? |
| эта машина cette voiture | у этой машины ou ètoï machíny | У этой машины есть навигатор. — Cette voiture a un GPS. |
| эта проблема ce problème | у этой проблемы ou ètoï probliémy | У этой проблемы есть решение. — Ce problème a une solution. |
Les deux dernières lignes méritent qu’on s’y arrête. Comme le possesseur n’est en réalité qu’un complément de lieu, rien n’exige qu’il soit une personne : une voiture, un mot, un problème peuvent « avoir » quelque chose, exactement comme en français. Pour les prénoms accompagnés du patronyme, la page prénoms et patronymes montre comment l’ensemble se décline ; pour les terminaisons du génitif, voyez la déclinaison des féminins.
Un cas particulier à connaître tout de suite, parce qu’il revient dans la conversation courante : quand le possesseur est un pronom négatif, la préposition se glisse à l’intérieur du mot. On ne dit pas у никого mais ни у кого ni ou kogó, en trois mots séparés.
Ce découpage vaut pour tous les pronoms négatifs et se trouve expliqué à la page les pronoms négatifs.
La même préposition у sert par ailleurs à dire « chez » : Я был у врача Ia byl ou vratchá, « j’étais chez le médecin ». Les deux emplois ne se confondent pas, car la possession fait toujours apparaître un second nom, celui de la chose possédée. Le régime des prépositions est récapitulé à la page quelle préposition, quel cas.
Dans la pratique, le test est simple et tient en une question : y a-t-il, après le possesseur, un nom qui désigne ce qui est possédé ? Si oui, vous lisez une possession. Si le groupe у plus génitif s’arrête là et dépend d’un verbe de lieu — être, aller, habiter, dîner —, vous lisez « chez ». Le même groupe de mots, у врача, change donc de sens selon ce qui l’entoure, et aucune faute n’est possible si l’on regarde la phrase entière plutôt que les deux premiers mots.
| Structure | Lecture | Exemple |
|---|---|---|
| у + génitif, avec un verbe de lieu | « chez quelqu’un », « auprès de quelque chose » | Я был у врача. Ia byl ou vratchá. — J’étais chez le médecin. |
| у + génitif, puis есть et un nom | possession | У врача есть время. Ou vratchá iest’ vriémia. — Le médecin a le temps. |
| у + génitif, puis нет et un génitif | possession niée | У врача нет времени. Ou vratchá niet vriémieni. — Le médecin n’a pas le temps. |
| у + nom de chose | proximité, « près de » | Стол стоит у окна. Stol stoít ou okná. — La table est près de la fenêtre. |
Pour compléter le tableau, sachez que ce « chez » entre dans une série de trois. La direction se dit avec к et le datif, Я иду к врачу Ia idoú k vratchoú, « je vais chez le médecin » ; le lieu avec у et le génitif, Я у врача, « je suis chez le médecin » ; la provenance avec от et le génitif, Я иду от врача Ia idoú ot vratchá, « je reviens de chez le médecin ». Cette répartition du lieu et du mouvement est l’objet de la page le lieu et la direction.
Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille la construction en у et le génitif du possesseur. Touchez une réponse, puis Correction.
Au présent affirmatif, есть s’omet couramment. Ce n’est pas une négligence : l’alternance porte un sens.
On garde есть quand la question est l’existence même de la chose : on affirme qu’elle est là, ou l’on demande si elle l’est.
On supprime есть quand l’existence va de soi et que l’information porte sur une qualité. Chacun a des yeux ; ce qu’on annonce, c’est leur couleur.
У меня есть машина répond à « avez-vous une voiture ? » ; У меня новая машина répond à « comment est votre voiture ? ». La première pose l’objet, la seconde le décrit — même logique que la place des mots, exposée à la page l’ordre des mots.
Le même raisonnement s’applique aux états du corps et de l’humeur, et c’est là que le francophone hésite le plus. Une fièvre, une grippe, un mal de tête ne sont pas des biens qu’on possède : ce sont des états qu’on constate. La langue les traite donc comme une qualité, et есть disparaît. Dire У него есть температура ferait entendre que l’existence d’une fièvre est en cause, ce qui n’est jamais le propos.
Troisième famille de phrases sans есть : celles qui annoncent une quantité. Dès qu’un nombre ou un mot de quantité occupe la place, l’existence de la chose n’est plus en cause et le verbe s’efface presque toujours. Le nom qui suit se met alors au génitif, non pas à cause de la construction en у, mais parce que tout mot de quantité l’exige : voyez les numéraux et le génitif.
Reste un cas que votre intuition de francophone va vouloir ranger ici, et qui n’y appartient pas : l’âge. « J’ai vingt ans » n’emploie pas du tout la construction en у. Le russe attribue l’âge à la personne par le datif : Мне двадцать лет Mnie dvádtsat’ liet, Ей тридцать лет Ieï trídtsat’ liet, et l’on demande Сколько вам лет? Skól’ko vam liet ?. Le détail des nombres et de l’âge est à la page l’heure, la date, l’âge.
| L’information porte sur | есть | Exemple |
|---|---|---|
| l’existence de la chose | présent | У вас есть машина? — Avez-vous une voiture ? |
| une qualité de la chose | absent | У неё голубые глаза. — Elle a les yeux bleus. |
| un état du corps, une maladie | absent | У него температура. — Il a de la fièvre. |
| une humeur, un trait de caractère | absent | У него плохой характер. — Il a mauvais caractère. |
| une quantité, un nombre | le plus souvent absent | У меня много работы. — J’ai beaucoup de travail. |
| l’âge | construction en у inemployée | Мне двадцать лет. — J’ai vingt ans. |
La frontière n’est pas étanche : beaucoup de phrases acceptent les deux formes. Évitez seulement d’employer есть partout par prudence — cela s’entend.
Ici, la construction change de forme. нет niet remonte à une tournure ancienne qui soudait une négation, le verbe « être » et un adverbe de lieu — « il n’est pas là » —, et il entraîne une conséquence lourde : la chose absente passe au génitif et cesse d’être sujet. La phrase devient impersonnelle.
нет est invariable : singulier ou pluriel, masculin ou féminin, il ne bouge pas. Et contrairement à есть, on ne le supprime jamais : У меня нет новой машины, jamais У меня новой машины.
Une précision qui épargne une faute très répandue : la négation de la possession n’emploie jamais la suite не есть. Le français place une négation devant son verbe, le russe remplace le verbe par un autre mot. нет n’est donc pas не suivi de есть : c’est un mot entier, qui porte à lui seul la négation, l’existence et le présent. Le même mot sert d’ailleurs à répondre « non », si bien qu’une phrase peut le contenir deux fois : Нет, у меня нет машины Niet, ou mieniá niet machíny, « non, je n’ai pas de voiture ».
Le génitif qui suit demande de l’entraînement, car il tombe sur le nom de la chose absente et non sur le possesseur, lequel était déjà au génitif. Deux génitifs se suivent donc dans la phrase, pour deux raisons différentes. Le tableau ci-dessous donne les formes les plus fréquentes ; les pluriels, souvent imprévisibles, sont rassemblés à la page le génitif pluriel.
| Au nominatif | Après нет | Phrase |
|---|---|---|
| машина voiture | машины machíny | У меня нет машины. — Je n’ai pas de voiture. |
| сестра sœur | сестры siestrý | У меня нет сестры. — Je n’ai pas de sœur. |
| брат frère | брата bráta | У меня нет брата. — Je n’ai pas de frère. |
| время temps | времени vriémieni | У него нет времени. — Il n’a pas le temps. |
| деньги argent | денег diénieg | У нас нет денег. — Nous n’avons pas d’argent. |
| дети enfants | детей dietiéï | У них нет детей. — Ils n’ont pas d’enfants. |
| вопросы questions | вопросов voprósov | У неё нет вопросов. — Elle n’a pas de questions. |
| билеты billets | билетов biliétov | У нас нет билетов. — Nous n’avons pas de billets. |
Côte à côte, le basculement saute aux yeux.
Quand ce n’est pas une chose précise qui manque, mais tout, le russe emploie les pronoms négatifs, eux-mêmes au génitif. ничего nitchegó sert pour les choses, никого nikogó pour les personnes, et l’ordre habituel les place avant нет.
Le même нет nie l’existence sans possesseur : В городе нет метро V górodie niet mietró, « il n’y a pas de métro en ville ». Ce basculement vers le génitif sous la négation a ses règles propres, exposées à la page le génitif de négation ; pour la place de не et la double négation, voyez la négation.
Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille le choix de есть et le passage au génitif sous la négation. Touchez une réponse, puis Correction.
Au passé et au futur, есть cède la place au verbe быть. La règle d’accord est celle du mécanisme décrit plus haut : à l’affirmatif, le verbe s’accorde avec la chose possédée, qui est le sujet ; au négatif, il n’y a plus de sujet, et le verbe se fige au neutre singulier.
| Temps | Affirmation | Négation |
|---|---|---|
| Présent | У меня есть машина. Ou mieniá iest’ machína. — J’ai une voiture. | У меня нет машины. Ou mieniá niet machíny. — Je n’ai pas de voiture. |
| Passé | У меня была машина. Ou mieniá bylá machína. — J’avais une voiture. | У меня не было машины. Ou mieniá nie bylo machíny. — Je n’avais pas de voiture. |
| Futur | У меня будет машина. Ou mieniá boúdiet machína. — J’aurai une voiture. | У меня не будет машины. Ou mieniá nie boúdiet machíny. — Je n’aurai pas de voiture. |
À l’affirmatif, la forme du verbe suit le genre et le nombre de la chose, non ceux de la personne.
C’est ici que la logique du renversement se paie comptant. Une femme qui raconte son enfance dira У меня был велосипед Ou mieniá byl vielossipiéd, « j’avais un vélo », avec un masculin, parce que c’est le vélo qui gouverne l’accord. Inversement, un homme dira У меня была собака, avec un féminin. Le possesseur n’intervient jamais. Le tableau suivant isole cette mécanique, qu’il faut pouvoir produire sans réfléchir ; la formation des quatre formes du passé est à la page le passé.
| Chose possédée | Genre | Passé | Futur |
|---|---|---|---|
| брат frère | masculin | У меня был брат. byl | У меня будет брат. boúdiet |
| сестра sœur | féminin | У меня была сестра. bylá | У меня будет сестра. boúdiet |
| время temps | neutre | У меня было время. býlo | У меня будет время. boúdiet |
| деньги argent | pluriel | У меня были деньги. býli | У меня будут деньги. boúdout |
| дети enfants | pluriel | У них были дети. býli | У них будут дети. boúdout |
Une seule exception apparente, et elle confirme la règle : avec un mot de quantité, le verbe se met au neutre singulier, parce que c’est le mot de quantité, et non le nom, qui occupe la place du sujet. On dit donc У меня было много работы Ou mieniá býlo mnógo rabóty, « j’avais beaucoup de travail », avec было malgré le féminin работа.
Au négatif, en revanche : quels que soient le genre et le nombre, la forme reste не было, puis не будет. Dans не было, l’accent du groupe se porte sur la particule, et nos transcriptions laissent donc bylo sans marque — le phénomène est décrit à la page la négation.
Retenez bien l’asymétrie, car elle fait trébucher presque tous les débutants : à l’affirmatif, quatre formes possibles au passé et deux au futur, toutes réglées par la chose possédée ; au négatif, une seule forme figée, suivie du génitif. Le français, qui garde « j’avais » et « je n’avais pas » symétriques, n’offre ici aucun appui.
Ce не было invariable se retrouve hors de la possession, pour dire qu’une personne n’était pas quelque part : Его не было на работе Iegó nie bylo na rabótie, « il n’était pas au travail ». La personne absente y est au génitif, exactement comme la chose absente dans nos phrases, et la préposition manque, ce qui explique его et non него.
будет et будут sont les seules formes de futur employées ici. La formation complète des deux futurs est à la page les deux futurs ; celle du passé, à la page le passé.
Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille le passé et le futur de la construction, à l’affirmatif comme au négatif. Touchez une réponse, puis Correction.
Le verbe иметь imiét’ se conjugue régulièrement et commande l’accusatif. Il n’est pas rare, mais il ne se répartit pas comme le français « avoir » : avec un objet concret, dans la conversation, la construction en у l’emporte largement. On entend У меня есть машина, non Я имею машину, qui sonne livresque.
En revanche il règne sur les tournures figées, les objets abstraits et la langue écrite ou administrative. Ces expressions se retiennent telles quelles.
Notez la dernière phrase : sous la négation, право quitte l’accusatif pour le génitif права — la même alternance que celle de нет, appliquée à un verbe transitif ordinaire. La conjugaison de иметь est décrite à la page comment le verbe fonctionne.
Elle ne pose du reste aucune difficulté : иметь suit le premier type, celui des verbes en -еть dont le radical de présent garde le -е- devant la terminaison, comme le fait уметь, « savoir faire ». Les six formes du présent se devinent donc l’une à partir de l’autre.
| Personne | Forme | Transcription |
|---|---|---|
| я | имею | imiéiou |
| ты | имеешь | imiéiech’ |
| он, она | имеет | imiéiet |
| мы | имеем | imiéiem |
| вы | имеете | imiéietie |
| они | имеют | imiéiout |
Ce qui s’apprend, ce n’est donc pas le verbe, c’est la liste des locutions où il est de rigueur. En voici les principales, avec le cas qu’elles réclament. Plusieurs ne gouvernent pas l’accusatif mais une préposition, et ces régimes ne se devinent pas : il faut les retenir avec la locution elle-même.
| Locution | Ce qui suit | Sens |
|---|---|---|
| иметь право imiét’ právo | un infinitif, ou на + accusatif | avoir le droit |
| иметь значение imiét’ znatchéniie | rien | avoir de l’importance |
| иметь в виду imiét’ v vidoú | un accusatif | vouloir dire, penser à |
| иметь возможность imiét’ vozmójnost’ | un infinitif | avoir la possibilité |
| иметь представление imiét’ priedstavliéniie | о + prépositionnel | avoir une idée de |
| иметь дело imiét’ diélo | с + instrumental | avoir affaire à |
| иметь отношение imiét’ otnochéniie | к + datif | avoir un rapport avec |
| иметь успех imiét’ ousspiékh | rien | avoir du succès |
Vous aurez remarqué que ce basculement se répète dans les exemples ci-dessus : не имеет значения, не имею понятия, не имеет отношения, не имею представления. Toutes ces formes sont des génitifs. C’est la règle du génitif de négation, particulièrement vivace avec les noms abstraits, et elle rend ces locutions faciles à reconnaître : au négatif, elles changent de cas.
Le russe ne dispose pas de nos moyens français pour souligner un mot — pas de « c’est… que », pas d’article défini qui oppose le connu au nouveau. Il se sert de la place des mots. La règle générale est simple : ce qui est déjà connu vient d’abord, ce qui est neuf vient à la fin. Dans l’ordre neutre de notre construction, le possesseur ouvre la phrase parce qu’on sait de qui l’on parle, et la chose possédée la ferme parce qu’elle est l’information.
Déplacez la chose en tête, et le propos se renverse : elle devient le thème, ce dont on parle, et c’est есть ou нет qui porte l’information. La phrase ne répond plus à « qu’avez-vous ? » mais à « et la voiture, vous l’avez ? ». Ce procédé est fréquent dans les oppositions.
| Phrase | Ce qui est neuf | Traduction |
|---|---|---|
| У меня есть машина. Ou mieniá iest’ machína. | la chose possédée | J’ai une voiture. |
| Машина у меня есть. Machína ou mieniá iest’. | le fait de l’avoir | Une voiture, ça, j’en ai une. |
| Времени у меня нет. Vriémieni ou mieniá niet. | l’absence | Du temps, je n’en ai pas. |
| У кого есть ручка? Ou kogó iest’ roútchka ? | le possesseur, qu’on cherche | Qui a un stylo ? |
Dans la langue parlée, enfin, le possesseur disparaît quand le contexte le fournit, et il ne reste que la chose et le verbe : Ручка есть? Roútchka iest’ ?, « t’as un stylo ? ». La phrase est tout à fait correcte, simplement familière. L’ensemble de ces déplacements et ce qu’ils signifient sont traités à la page l’ordre des mots.
Le verbe français recouvre quantité de tournures qui n’ont rien à voir avec la possession. Aucune ne se traduit par у меня есть.
Comme ces tournures sont fréquentes et qu’aucune ne se devine, voici la liste de celles qu’un débutant rencontre dans ses premières semaines. Lisez la troisième colonne : elle vous dira quelle page du dossier consulter si la construction vous échappe.
| En français | En russe | Construction |
|---|---|---|
| avoir vingt ans | Мне двадцать лет. Mnie dvádtsat’ liet. | datif de la personne, puis le nombre |
| avoir froid | Мне холодно. Mnie khólodno. | datif, puis un adverbe |
| avoir chaud | Мне жарко. Mnie járko. | datif, puis un adverbe |
| avoir honte | Мне стыдно. Mnie stýdno. | datif, puis un adverbe |
| avoir de la chance | Мне повезло. Mnie poviezló. | datif, puis un verbe impersonnel au passé |
| avoir faim | Я хочу есть. Ia khotchoú iest’. | vouloir, puis un infinitif |
| avoir soif | Я хочу пить. Ia khotchoú pit’. | vouloir, puis un infinitif |
| avoir sommeil | Я хочу спать. Ia khotchoú spat’. | vouloir, puis un infinitif |
| avoir besoin d’aide | Мне нужна помощь. Mnie noujná pómochtch’. | datif, puis un adjectif court accordé avec la chose |
| avoir raison | Вы правы. Vy právy. | adjectif court accordé avec le sujet |
| avoir tort | Вы не правы. Vy nie právy. | le même, nié |
| avoir peur des chiens | Я боюсь собак. Ia boioús’ sobák. | verbe pronominal, puis le génitif |
| avoir l’air fatigué | Он выглядит усталым. On výgliadit oustálym. | verbe, puis l’instrumental |
| avoir mal à la tête | У меня болит голова. Ou mieniá bolít golová. | у et le génitif, mais la partie du corps est sujet |
| avoir le temps | У меня есть время. Ou mieniá iest’ vriémia. | la seule possession véritable de la liste |
Trois familles s’en dégagent. L’âge et la sensation passent par le datif ; on les trouve à la page les tournures impersonnelles, et pour l’âge à l’heure, la date, l’âge. « Avoir raison » se rend par un adjectif à forme courte. « Avoir peur » est un verbe qui réclame son propre cas, comme ceux de la page quel cas après quel verbe.
Deux lignes du tableau demandent une attention particulière. « Avoir besoin de » retourne la phrase comme le fait la possession : ce dont vous avez besoin devient le sujet, et нужен s’accorde avec lui, non avec vous. D’où Мне нужен врач Mnie noújen vratch, « j’ai besoin d’un médecin », mais Мне нужна помощь avec un féminin et Мне нужно время Mnie noújno vriémia avec un neutre. Quant à « avoir l’air », il se dit par un verbe suivi de l’instrumental, cas qui marque l’état sous lequel on se présente.
Reste le plus déroutant, parce qu’il est invisible : l’auxiliaire. « J’ai mangé », « j’ai vu » ne contiennent aucune possession. Le russe ne compose aucun temps avec « avoir » : son passé tient en un mot, marqué par le genre et non par la personne.
Dernier point : Он был врачом On byl vratchóm, « il était médecin », ressemble à nos constructions par son verbe, mais elle attribue une qualité et met son attribut à l’instrumental. Ne la mêlez pas à У него был врач, « il avait un médecin ».
La possession n’est pas le possessif. У меня есть брат annonce l’existence d’un frère ; Это мой брат Èto moï brat désigne un frère déjà connu : on présente, ou l’on montre. Les possessifs et leur déclinaison sont à la page les possessifs.
Une construction unique, un basculement de cas sous la négation : la règle tient en trois lignes. La produire sans y penser, dans une phrase qui avance, demande tout autre chose que de la comprendre. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La carte du dossier est à la page la grammaire complète, et l’ensemble de nos guides à la page grammaire.
Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille le verbe иметь et les faux amis du verbe « avoir ». Touchez une réponse, puis Correction.
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Par une construction, non par un verbe : У меня есть Ou mieniá iest’, mot à mot « chez moi il y a ». Le possesseur suit la préposition у et se met au génitif ; la chose possédée reste au nominatif : У меня есть машина, j’ai une voiture.
Parce que les pronoms de troisième personne prennent un н- initial après une préposition. Le génitif nu reste его, её, их, comme dans Его нет дома, « il n’est pas chez lui » ; mais après у on dit у него, у неё, у них.
On le garde quand on affirme ou qu’on demande l’existence de la chose : У вас есть машина? On le supprime quand l’existence va de soi et que la phrase porte sur une qualité : У неё голубые глаза, elle a les yeux bleus. La frontière n’est pas étanche et beaucoup de phrases acceptent les deux.
Non : un état se constate, il ne se possède pas. On dit У него температура, il a de la fièvre, У него грипп, il a la grippe, et У меня болит голова, j’ai mal à la tête — cette dernière phrase faisant même de la tête le sujet du verbe.
Avec нет, qui remplace есть et fait passer la chose absente au génitif : У меня нет машины. La phrase n’a alors plus de sujet. нет est invariable et ne s’omet jamais.
Non, cette suite n’existe pas. Le russe ne nie pas есть en plaçant une négation devant : il le remplace par нет, un mot entier qui porte à lui seul la négation, l’existence et le présent, et qui entraîne le génitif.
У меня ничего нет Ou mieniá nitchegó niet et У него никого нет Ou niegó nikogó niet : les pronoms négatifs sont eux-mêmes au génitif et précèdent нет. Si une préposition s’en mêle, elle se glisse à l’intérieur du mot : Ни у кого нет ключей, personne n’a les clés.
есть cède la place à быть. À l’affirmatif, le verbe s’accorde avec la chose possédée : У меня был брат, У меня была сестра, У них будут деньги. Au négatif, il se fige au neutre singulier : не было, не будет, suivis du génitif.
Les deux, et c’est la suite de la phrase qui tranche. Avec un verbe de lieu, le groupe se lit « chez » : Я был у врача. Dès qu’apparaissent есть ou нет et un second nom, il s’agit d’une possession : У врача нет времени.
Le verbe иметь existe et commande l’accusatif, mais avec un objet concret il sonne livresque : on dit У меня есть машина. Il reste courant dans les tournures figées et devant un objet abstrait : иметь право, иметь значение, иметь в виду.
Parce que la première pose une possession et la seconde attribue une qualité. L’attribut d’un verbe d’état passe le plus souvent à l’instrumental, cas qui n’intervient jamais dans la construction en у.
Par le datif de la personne, jamais par la possession : Мне холодно, j’ai froid, Мне нужна помощь, j’ai besoin d’aide — où нужен s’accorde avec la chose, d’où Мне нужен врач et Мне нужно время. La faim et la soif passent par le verbe vouloir : Я хочу есть, Я хочу пить.
Non, jamais. L’âge s’attribue à la personne par le datif : Мне двадцать лет Mnie dvádtsat’ liet, et la question se pose Сколько вам лет? Skól’ko vam liet ?.
Oui, et cela change ce que la phrase met en relief. L’ordre neutre place l’information neuve à la fin : У меня есть машина. Si la chose est déjà en question, elle passe devant et l’accent tombe sur le fait de l’avoir ou non : Машина у меня есть, а гаража нет, une voiture, j’en ai une, mais pas de garage.
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