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Le russe n’a qu’un temps du passé, et il ignore la personne. Il s’accorde en genre et en nombre, comme un adjectif — parce qu’il en fut un.
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Là où le français aligne l’imparfait, le passé composé, le passé simple et le plus-que-parfait, le russe ne possède qu’une seule forme de passé, et elle ne compte que quatre variantes. Le prix à payer est ailleurs : ces variantes ne dépendent pas de celui qui parle, mais du genre du sujet.
Au présent, le verbe russe change à chaque personne : six terminaisons, deux conjugaisons, le tout exposé à la page les deux conjugaisons. Au passé, tout cela disparaît. On prend le radical, on y ajoute -л, puis une marque d’accord : rien pour le masculin, -а pour le féminin, -о pour le neutre, -и pour le pluriel.
| Accord | Forme | Transcription | Exemple de sujet |
|---|---|---|---|
| masculin singulier | читал | tchitál | он, брат, я (un homme) |
| féminin singulier | читала | tchitála | она, сестра, я (une femme) |
| neutre singulier | читало | tchitálo | оно, письмо |
| pluriel, tous genres | читали | tchitáli | мы, вы, они, дети |
Il vaut la peine de s’arrêter sur ce que cette règle supprime. Pour dire « je lisais, tu lisais, il lisait, nous lisions, vous lisiez, ils lisaient », le français mobilise six formes différentes, toutes construites sur la personne. Le russe n’en a que quatre, et aucune des quatre ne correspond à une personne : elles répondent au genre et au nombre du sujet. Un même mot, читал, couvre donc la première, la deuxième et la troisième personne du masculin singulier, tandis qu’un sujet féminin fait apparaître une forme que le français ne distinguerait jamais.
| Sujet | Forme russe | Transcription | Français |
|---|---|---|---|
| я (un homme) | читал | tchitál | je lisais |
| я (une femme) | читала | tchitála | je lisais |
| ты (un homme) | читал | tchitál | tu lisais |
| ты (une femme) | читала | tchitála | tu lisais |
| он | читал | tchitál | il lisait |
| она | читала | tchitála | elle lisait |
| оно | читало | tchitálo | il lisait (chose neutre) |
| мы | читали | tchitáli | nous lisions |
| вы | читали | tchitáli | vous lisiez |
| они | читали | tchitáli | ils lisaient |
Lisez la colonne de droite : le français distingue cinq formes, le russe quatre seulement, et pas aux mêmes endroits. C’est pour cela qu’un francophone se trompe moins sur la forme que sur le déclencheur de la forme. Il cherche la personne, alors qu’il faut chercher le genre.
Une conséquence pratique s’impose aussitôt. Comme читал vaut pour « je lisais », « tu lisais » et « il lisait », le pronom sujet cesse d’être facultatif. Au présent, le russe peut s’en passer, la terminaison suffisant à désigner la personne ; au passé, l’omettre rend la phrase indéchiffrable. Les formes des pronoms sont à la page les pronoms personnels.
Ce détail ne pardonne pas : une femme qui dit я работал commet une faute que tout Russe entend. Le genre des noms est traité à la page les trois genres.
Le vouvoiement fait le pluriel. Вы adressé à une seule personne entraîne le verbe au pluriel, exactement comme s’il y en avait plusieurs. Aucune marque de genre n’apparaît alors.
À l’inverse, кто, « qui », commande le masculin singulier, même si la réponse attendue est une femme : Кто звонил? Kto zvoníl ?, « Qui a téléphoné ? ».
Ce pluriel de politesse mérite d’être regardé de près, car il a un effet que le français ne connaît pas : il efface le genre. Quand vous vouvoyez une femme, le verbe au passé ne porte plus aucune trace de ce genre, puisque le pluriel est commun aux trois. Le même énoncé s’adresse donc indifféremment à un homme, à une femme ou à un groupe, et c’est la situation seule qui tranche.
Comparez avec le tutoiement, où le genre revient aussitôt : Ты был прав Ty byl prav à un homme, mais Ты была права Ty bylá pravá à une femme. L’attribut lui-même s’accorde, en plus du verbe. Le choix entre les deux registres, et la majuscule que l’on met souvent à Вы dans une lettre, sont traités à la page tutoyer ou vouvoyer.
Retenez l’ordre des opérations, qui résume toute la section : on cherche le sujet, on détermine son genre et son nombre, puis on choisit la forme. Jamais l’inverse. Dès que le sujet est au pluriel — deux noms coordonnés, un nom collectif au pluriel, un вы de politesse — la question du genre ne se pose plus du tout.
Pour l’immense majorité des verbes, il suffit de retirer le -ть de l’infinitif et d’ajouter -л. La manœuvre tient en une seconde.
Le point remarquable est ailleurs. Le passé se construit sur l’infinitif — à quelques irrégularités près, réunies plus bas — et ignore les remaniements du présent. Un verbe peut changer de consonne devant les terminaisons du présent sans que le passé s’en aperçoive.
Ces alternances, qui font la difficulté du présent, sont décrites à la page les alternances du radical. Elles n’ont aucune prise sur le passé. C’est pourquoi on peut dire, sans exagérer, que le passé est la partie la plus régulière du verbe russe — et pourquoi il vient souvent en premier dans l’apprentissage. Le fonctionnement d’ensemble du verbe est exposé à la page comment le verbe fonctionne.
Pourquoi un accord en genre ? Parce que cette forme en -л n’était pas un temps, mais un participe, employé avec l’auxiliaire « être ». L’auxiliaire a disparu ; le participe est resté, et avec lui son accord d’adjectif. Cela explique aussi qu’aucune personne n’y soit marquée : un participe ne se conjugue pas.
Choisissez la forme du passé qu’appelle chaque sujet. Touchez une réponse, puis Correction.
Voici la première vraie difficulté. Un groupe de verbes, peu nombreux mais très fréquents, perd le -л au masculin singulier — et là seulement. Le féminin, le neutre et le pluriel le gardent. Il s’agit des verbes dont le radical se termine par une consonne : infinitifs en -ти, en -чь, en -зть (лезть, грызть), et les verbes en -ереть.
La raison est de pure prononciation : le russe ne tolère pas, en fin de mot, le groupe de consonnes qui se formerait. Un radical comme нес- suivi de -л donnerait deux consonnes nues à la finale, et c’est le -л qui cède. Dès qu’une voyelle suit — le -а du féminin, le -о du neutre, le -и du pluriel — l’obstacle disparaît et le -л revient. Vous n’avez donc qu’une seule case à mémoriser par verbe, la case du masculin singulier.
Une réserve, et elle concerne вести dans le tableau ci-dessous : quand ce radical se termine par д ou т, c’est cette consonne-là qui tombe, et le -л reste. вести, radical вед-, donne вёл ; мести, balayer, donne мёл miol. Le masculin y est irrégulier lui aussi, mais par la chute de la dentale, non par celle du -л.
| Infinitif | Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| нести porter | нёс nios | несла nieslá | несло niesló | несли nieslí |
| везти transporter | вёз vioz | везла viezlá | везло viezló | везли viezlí |
| вести mener | вёл viol | вела vielá | вело vieló | вели vielí |
| расти grandir | рос ros | росла roslá | росло rosló | росли roslí |
| мочь pouvoir | мог mog | могла moglá | могло mogló | могли moglí |
| печь cuire au four | пёк piok | пекла pieklá | пекло piekló | пекли pieklí |
| лечь se coucher | лёг liog | легла lieglá | легло liegló | легли lieglí |
| умереть mourir | умер oúmier | умерла oumierlá | умерло oúmierlo | умерли oúmierli |
Deux observations. D’abord le ё de нёс, вёз, пёк : cette lettre porte toujours l’accent, et les Russes l’écrivent presque toujours е, ce qui complique la lecture. Voyez la lettre ё, jamais écrite. Ensuite l’accent, qui se déplace : нёс mais несла. Le schéma de ces déplacements appartient à la page l’accent mobile du verbe.
Observez aussi ce que devient le ё quand la terminaison arrive : il s’efface, parce qu’il ne peut exister que sous l’accent, et l’accent est parti vers la fin du mot. нёс devient несла, лёг devient легла, пёк devient пекла. À l’oreille, ce sont presque deux mots différents, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ces huit verbes demandent de l’écoute plus que du raisonnement.
Le verbe идти idtí, « aller à pied », a un passé emprunté à une tout autre racine. Il ne rejoint pas le groupe précédent — son -л est bien présent au masculin — mais il ne se tire d’aucun infinitif, et il faut l’apprendre tel quel :
| Accord | Forme | Transcription | Exemple |
|---|---|---|---|
| masculin | шёл | chol | Он шёл домой. — Il rentrait à pied. |
| féminin | шла | chla | Она шла медленно. — Elle marchait lentement. |
| neutre | шло | chlo | Время шло. — Le temps passait. |
| pluriel | шли | chli | Они шли пешком. — Ils allaient à pied. |
Remarquez le ё du masculin, encore une fois, et son effacement dès que la terminaison porte l’accent. Remarquez surtout que le radical du masculin contient une voyelle que les trois autres formes n’ont pas : шёл contre шла, où il se réduit au seul ш-. Très peu de verbes se comportent ainsi — жечь donne de même жёг mais жгла —, et le dernier exemple de la liste montre à quel point cette forme est courante, puisque la pluie, en russe, « allait ».
Tous les composés suivent : прийти donne пришёл, пришла, пришли prichól, prichlá, prichlí, « est arrivé » ; уйти donne ушёл, ушла, ушли ouchól, ouchlá, ouchlí, « est parti » ; найти donne нашёл, нашла, нашли nachól, nachlá, nachlí, « a trouvé ». Le couple идти et ходить fait l’objet de la page идти ou ходить, et l’ensemble du système à la page le système des paires. Les autres verbes à formes imprévisibles sont rassemblés à la page les verbes irréguliers.
Autre irrégularité, plus discrète. Une série de verbes en -нуть abandonne la syllabe -ну- au passé, et se retrouve alors sans -л au masculin. Ce sont, pour l’essentiel, des verbes intransitifs qui décrivent un changement d’état, et dont le radical se termine par une consonne.
| Infinitif | Passé | Sens |
|---|---|---|
| привыкнуть | привык, привыкла, привыкли privýk, privýkla, privýkli | s’habituer — le -ну- tombe |
| исчезнуть | исчез, исчезла, исчезли istchéz, istchézla, istchézli | disparaître — le -ну- tombe |
| погибнуть | погиб, погибла, погибли poguíb, poguíbla, poguíbli | périr — le -ну- tombe |
| замёрзнуть | замёрз, замёрзла, замёрзли zamiórz, zamiórzla, zamiórzli | geler — le -ну- tombe |
| вернуться | вернулся, вернулась viernoúlsia, viernoúlas’ | revenir — le -ну- reste |
| крикнуть | крикнул, крикнула kríknoul, kríknoula | crier — le -ну- reste |
| отдохнуть | отдохнул, отдохнула otdokhnoúl, otdokhnoúla | se reposer — le -ну- reste |
Aucune règle ne permet de trancher à coup sûr : la liste s’apprend au fur et à mesure. Elle est courte, et les formes fautives — привыкнул pour привык — sonnent en russe comme une faute de français élémentaire.
Tout ce qui précède tient dans un tableau. Prenez-le comme une liste à relire de temps en temps : hors de ces familles, le passé russe est entièrement prévisible, et c’est le masculin singulier qui concentre toute la difficulté. La colonne de droite dit ce qui se passe, afin que vous n’ayez pas à deviner si la perte porte sur le -л, sur la syllabe -ну- ou sur le radical tout entier.
| Infinitif | Masculin | Féminin | Pluriel | Ce qui se passe |
|---|---|---|---|---|
| мочь pouvoir | мог mog | могла moglá | могли moglí | le -л ne paraît pas au masculin |
| нести porter | нёс nios | несла nieslá | несли nieslí | le -л ne paraît pas au masculin |
| везти transporter | вёз vioz | везла viezlá | везли viezlí | le -л ne paraît pas au masculin |
| расти grandir | рос ros | росла roslá | росли roslí | le -л ne paraît pas au masculin |
| умереть mourir | умер oúmier | умерла oumierlá | умерли oúmierli | pas de -л, et l’infinitif en -ереть se réduit |
| привыкнуть s’habituer | привык privýk | привыкла privýkla | привыкли privýkli | le -ну- tombe, et le masculin reste sans -л |
| погибнуть périr | погиб poguíb | погибла poguíbla | погибли poguíbli | le -ну- tombe, et le masculin reste sans -л |
| исчезнуть disparaître | исчез istchéz | исчезла istchézla | исчезли istchézli | le -ну- tombe, et le masculin reste sans -л |
| идти aller à pied | шёл chol | шла chla | шли chli | le -л est là, mais le radical vient d’ailleurs |
Une habitude de travail vaut mieux qu’une règle ici : quand vous apprenez un verbe nouveau, notez son masculin singulier du passé à côté de son infinitif. Les trois autres formes se déduisent toujours du masculin — on y ajoute -а, -о, -и au besoin en rétablissant le -л — mais le masculin, lui, ne se déduit de rien.
Choisissez la forme qui convient. Ces masculins ne se devinent pas, ils se reconnaissent.
Les verbes en -ся conservent leur suffixe au passé, mais celui-ci change de forme selon ce qui le précède : -ся après une consonne, -сь après une voyelle. Comme le masculin se termine par -л et les trois autres formes par une voyelle, on obtient une répartition simple : -лся au masculin, -лась, -лось, -лись ailleurs.
| Accord | Forme | Transcription |
|---|---|---|
| masculin | учился | outchílsia |
| féminin | училась | outchílas’ |
| neutre | училось | outchílos’ |
| pluriel | учились | outchílis’ |
Quand le masculin n’a pas de -л, il se termine tout de même par une consonne, et reçoit donc -ся : Извините, я ошибся Izvinítie, ia ochíbsia, « Excusez-moi, je me suis trompé », contre я ошиблась ia ochíblas’ dans la bouche d’une femme.
Une remarque d’oreille, qui vaut tous les tableaux. Dans ces verbes, la marque d’accord n’est pas à la fin du mot : elle est coincée entre le -л et le suffixe pronominal. Découpez учи-л-а-сь et vous voyez le -а du féminin enfermé au milieu. Un francophone, habitué à chercher l’information grammaticale à la finale, entend donc le féminin à un endroit où il ne regarde pas. L’ensemble de ces verbes et de leurs emplois est traité à la page les verbes en -ся.
| Infinitif | Masculin | Féminin | Pluriel | Sens |
|---|---|---|---|---|
| заниматься | занимался zanimálsia | занималась zanimálas’ | занимались zanimális’ | s’occuper de, travailler à |
| бояться | боялся boiálsia | боялась boiálas’ | боялись boiális’ | craindre |
| остаться | остался ostálsia | осталась ostálas’ | остались ostális’ | rester |
| познакомиться | познакомился poznakómilsia | познакомилась poznakómilas’ | познакомились poznakómilis’ | faire connaissance |
| одеваться | одевался odieválsia | одевалась odieválas’ | одевались odievális’ | s’habiller |
Deux emplois demandent un peu d’attention. Le premier est le neutre employé sans sujet, qui sert à dire qu’il s’est passé quelque chose sans dire quoi : Что случилось? Tchto sloutchílos’ ?, « Que s’est-il passé ? ». Le second est celui des verbes où le sujet grammatical n’est pas la personne concernée : dans Мне нравилась эта книга Mnie nrávilas’ èta kníga, « ce livre me plaisait », le verbe s’accorde avec книга, qui plaît, et non avec мне, à qui cela plaît. Changez l’objet et le verbe change : Мне нравился этот фильм Mnie nrávilsia ètot fil’m, « ce film me plaisait ».
Au présent, le verbe « être » ne se dit pas. Au passé, il réapparaît, et il devient l’un des mots les plus fréquents de la langue. Ses quatre formes sont à savoir sans hésiter.
| Accord | Forme | Transcription | Exemple |
|---|---|---|---|
| masculin | был | byl | Вчера был дождь. — Hier il a plu. |
| féminin | была | bylá | Она была дома. — Elle était à la maison. |
| neutre | было | býlo | В комнате было окно. — Il y avait une fenêtre dans la pièce. |
| pluriel | были | býli | Мы были в театре. — Nous étions au théâtre. |
L’accent bouge d’une forme à l’autre, et le féminin была se distingue nettement des trois autres. Il bouge encore sous la négation, où не был et не была ne s’accentuent pas de la même façon. Le détail de ces déplacements appartient à la page l’accent mobile du verbe.
Le dernier exemple mérite une remarque : le verbe ne s’accorde pas avec le possesseur, mais avec l’objet possédé — машина est féminin, d’où была. La construction elle-même, qui remplace le verbe « avoir », fait l’objet d’une page distincte. Enfin, quand быть introduit un attribut, ce dernier se met le plus souvent à l’instrumental : Он был врачом On byl vratchóm, « il était médecin ».
Précisons maintenant cette affaire d’accent, car elle s’entend très nettement et elle surprend. Trois des quatre formes portent l’accent sur le radical : был, было, были. La quatrième, le féminin была, le porte sur la terminaison. Voilà déjà une raison d’écouter plutôt que de lire : le féminin ne se contente pas d’ajouter une lettre, il déplace le centre du mot.
Vient ensuite un phénomène rare en russe. Dans le tour négatif, l’accent quitte le verbe et se porte sur la particule не, qui d’ordinaire n’en a aucun. On entend donc « NE byl », en un seul bloc. Mais le féminin résiste : il garde son accent final, et la particule reste faible.
| Accord | Affirmatif | Négatif | Ce qu’on entend |
|---|---|---|---|
| masculin | был byl | не был nié byl | l’accent passe sur la négation |
| féminin | была bylá | не была nie bylá | l’accent reste sur la terminaison |
| neutre | было býlo | не было nié bylo | l’accent passe sur la négation |
| pluriel | были býli | не были nié byli | l’accent passe sur la négation |
Personne ne vous reprendra si vous accentuez mal ces trois mots ; en revanche, ne pas les reconnaître à l’écoute coûte cher, car la négation vient se fondre dans le verbe et le groupe не был peut passer pour un seul mot.
Un dernier emploi, extrêmement courant. Pour nier une existence ou une présence, le russe emploie не было, qui se fige alors au neutre et ne s’accorde plus avec rien, et met au génitif ce dont il nie l’existence. C’est le passé du нет du présent.
Comparez les deux dernières manières de nier. Avec un sujet au nominatif et le verbe accordé, Он не был дома, on nie un fait, une visite, un séjour. Avec le génitif et le neutre figé, Его не было дома, on constate une absence à un moment donné. Le français n’a qu’une phrase pour les deux, le russe en a deux, et c’est le génitif qui fait la différence : voyez le génitif après la négation.
Reprenons l’exemple de Он был врачом, car il ouvre sur une construction dont le français n’a aucune trace. Au présent, l’attribut se met tout simplement au nominatif, puisqu’il n’y a pas de verbe pour le régir : Он врач On vratch, « il est médecin ». Dès que быть réapparaît au passé, il réclame son cas, et l’attribut passe à l’instrumental.
La logique est celle de l’état provisoire : l’instrumental présente le rôle comme quelque chose qu’on occupe pendant un temps, non comme une identité définitive. On rencontre aussi le nominatif après был, surtout quand l’attribut est accompagné d’un adjectif, mais l’instrumental reste le choix sûr pour un débutant, et c’est celui qu’on entend le plus dans la conversation courante.
| Nominatif | Instrumental | Transcription | Sens |
|---|---|---|---|
| врач | врачом | vratchóm | médecin |
| инженер | инженером | injeniérom | ingénieur |
| учитель | учителем | outchítieliem | enseignant |
| учительница | учительницей | outchítielnitseï | institutrice |
| студент | студентом | stoudiéntom | étudiant |
| студентка | студенткой | stoudiéntkoï | étudiante |
Le même cas revient après deux autres verbes très utiles. стать, devenir, le réclame toujours : Он стал врачом On stal vratchóm, « il est devenu médecin ». работать, travailler, l’emploie pour dire en quelle qualité : Она работала учительницей Oná rabótala outchítielnitseï, « elle travaillait comme institutrice ». Et l’infinitif быть lui-même le conserve : Он хотел быть врачом On khotiél byt’ vratchóm, « il voulait être médecin ». Les cas que chaque verbe impose sont rassemblés à la page quel cas après quel verbe.
Complétez chaque phrase. Observez d’abord le sujet, puis le cas que le verbe réclame.
Arrêtons-nous sur ce qui déroute le plus un francophone. Nous avons dit que le russe n’a qu’un passé ; il faut mesurer ce que cela signifie. Quand vous lisez он читал, vous ne pouvez pas savoir, à la forme seule, s’il faut traduire « il lisait », « il a lu », « il lut » ou même « il avait lu ». Rien dans le mot ne le dit, parce que le russe ne range pas cette information là. Il la range dans le choix du verbe, c’est-à-dire dans l’aspect.
Cherchez donc, dans toute phrase au passé, non pas la forme du verbe mais lequel des deux verbes de la paire a été choisi. читать et прочитать forment leur passé exactement de la même façon, et c’est pourtant là que se joue la différence que le français confie à ses temps.
| Russe | Français | Ce qui décide |
|---|---|---|
| Он читал письмо. | Il lisait la lettre. | l’imperfectif décrit le déroulement |
| Он прочитал письмо. | Il a lu la lettre. | le perfectif annonce un résultat atteint |
| Вчера он читал весь вечер. | Hier il a lu toute la soirée. | une durée appelle encore l’imperfectif |
| Вы читали эту книгу? | Avez-vous lu ce livre ? | l’imperfectif suffit à poser la question de l’expérience |
| Когда я пришёл, он уже ушёл. | Quand je suis arrivé, il était déjà parti. | le perfectif avec уже rend le plus-que-parfait |
La quatrième ligne mérite un commentaire, car elle contredit l’intuition française. Pour demander si quelqu’un a lu un livre, le russe emploie l’imperfectif читали : la question porte sur l’expérience, pas sur l’achèvement. De même, la négation attire souvent l’imperfectif : Я не читал эту книгу Ia nie tchitál ètou knígou, « je n’ai pas lu ce livre ». Un francophone, qui entend là un passé composé, est tenté par le perfectif ; c’est une erreur tenace.
La cinquième ligne règle le sort du plus-que-parfait. Le russe n’en a aucun, et il ne cherche pas à en fabriquer : il juxtapose deux verbes au passé et laisse l’adverbe уже oujé, « déjà », marquer l’antériorité. Les règles de cette juxtaposition sont exposées à la page la concordance des temps.
Retenez la conclusion pratique : la morphologie du passé s’apprend en une heure, le choix de l’aspect occupe des mois. Les pages l’aspect au passé et comment choisir l’aspect sont donc la suite naturelle de celle-ci.
Puisque le russe ne dispose pas d’un imparfait, comment dit-il ce que le français confie si volontiers à ce temps, c’est-à-dire l’habitude révolue, le « autrefois, nous allions » ? Le plus souvent par un simple imperfectif accompagné d’un adverbe : Раньше я много читал Ran’che ia mnógo tchitál, « avant, je lisais beaucoup ». Mais il possède aussi deux tours spécialisés, qu’il vaut mieux reconnaître que produire.
Le premier est le verbe бывать byvát’, dérivé de быть, qui signifie « être de temps en temps, se trouver régulièrement, fréquenter un lieu ». Son passé s’accorde comme tous les autres : бывал, бывала, бывало, бывали. Là où был pose un séjour unique, бывал en annonce plusieurs.
Le second tour est бывало employé non plus comme verbe accordé, mais comme un mot figé en tête de phrase, détaché par une virgule, suivi d’un verbe à l’imperfectif. Il installe le récit dans une habitude ancienne, avec une nuance de nostalgie : c’est le « dans le temps » du conteur. Il ne s’accorde avec rien, puisqu’il est sorti du système de l’accord.
Un francophone débutant n’a pas besoin de produire ce tour ; il a besoin de ne pas s’arrêter devant lui quand il l’entend dans un récit ou une chanson. Notez simplement que le verbe qui suit est toujours à l’imperfectif, puisqu’il s’agit d’une répétition, et jamais au perfectif.
Reste un usage du passé qu’aucun tableau de conjugaison n’annonce, et que tout enfant russe connaît par cœur : la formule d’ouverture des contes. Elle consiste à mettre côte à côte le passé de жить, vivre, et celui de быть, être — littéralement « vivait, était » — et elle équivaut à notre « il était une fois ». Les deux verbes s’accordent, comme toujours, avec le sujet qui suit.
| Sujet | Formule | Transcription | Français |
|---|---|---|---|
| un homme | Жил-был царь. | Jil-byl tsar’. | Il était une fois un tsar. |
| une femme | Жила-была девочка. | Jilá-bylá diévotchka. | Il était une fois une petite fille. |
| plusieurs | Жили-были старик и старуха. | Jíli-býli starík i staroúkha. | Il était une fois un vieillard et une vieille femme. |
Observez le féminin de la deuxième ligne : les deux verbes portent l’accent sur leur terminaison, et la formule change complètement de physionomie. Au pluriel, les deux accents remontent au contraire sur le radical. Cette formule ne sert qu’à ouvrir un récit, jamais à dire que quelqu’un habitait quelque part ; pour cela on emploie simplement жил, comme dans Мой брат жил в Москве. Elle vaut toutefois la peine d’être apprise telle quelle : elle offre un exemple parfait de l’accord en genre, répété deux fois dans le même souffle.
L’aspect. Une forme comme читал ne précise pas si la lecture a été menée à son terme. Cette information ne tient pas au temps, mais au verbe choisi : chaque verbe russe appartient à une paire, et les deux membres de la paire forment leur passé exactement de la même façon.
La morphologie est donc identique ; seul le choix change. Ce choix est le véritable obstacle du russe pour un francophone, et il est traité pour lui-même : perfectif et imperfectif pose la distinction, l’aspect au passé expose la décision au passé, et suffixes et paires supplétives montre comment les paires se constituent.
Le conditionnel. Le russe n’a pas de forme propre : il ajoute la particule бы by à la forme du passé, laquelle continue de s’accorder en genre. Я бы хотел Ia by khotiél, « je voudrais » ; Я бы хотела Ia by khotiéla dans la bouche d’une femme. Voyez le conditionnel. Apprendre le passé, c’est donc apprendre deux modes pour le prix d’un.
Les autres temps. Le futur n’emploie pas ce radical et procède de deux manières selon l’aspect : les deux futurs. L’impératif se tire du présent : former l’impératif. Le tableau d’ensemble du dossier est à la page la grammaire complète.
Une difficulté d’oreille avant d’être une difficulté de règle. Personne n’a de mal à comprendre que была répond à un sujet féminin. La difficulté est de produire la bonne forme au moment où l’on parle, sans s’arrêter pour chercher le genre du mot. Cela ne s’obtient que par la répétition orale, ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La méthode LIMBA se suit dans l’application : écoutez la première leçon aujourd’hui, avant d’avoir oublié la moitié de cette page.
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Un seul. Là où le français distingue l’imparfait, le passé composé et le plus-que-parfait, le russe emploie une forme unique en -л. La nuance que le français confie aux temps, le russe la confie à l’aspect : читал contre прочитал.
Parce que le passé russe s’accorde en genre et en nombre, jamais en personne. Un homme dit я читал ia tchitál, une femme я читала ia tchitála. C’est un héritage : cette forme était à l’origine un participe.
En pratique, oui. Comme читал vaut pour les trois personnes du masculin singulier, rien d’autre que le pronom ne permet de savoir qui agit. Au présent, où la terminaison marque la personne, on peut l’omettre.
Le pluriel, exactement comme s’il y avait plusieurs interlocuteurs : Вы были в Москве? Vy býli v Moskvié ?. Le genre disparaît alors complètement, et la même phrase convient à un homme comme à une femme. Avec ты, en revanche, le genre réapparaît aussitôt : Ты был прав contre Ты была права.
Ceux dont le radical se termine par une consonne : les infinitifs en -ти (нёс, вёз, рос), en -чь (мог, пёк, лёг), en -ереть (умер), auxquels s’ajoute ошибся. Le féminin, le neutre et le pluriel gardent le -л. En revanche вёл et шёл ne relèvent pas de ce groupe : leur -л est bien là, c’est une autre consonne qui est tombée.
Il disparaît : привык, привыкла, привыкли. Le phénomène touche surtout des verbes de changement d’état — исчезнуть, погибнуть, замёрзнуть. D’autres gardent la syllabe : крикнул, отдохнул, вернулся. La liste s’apprend verbe par verbe.
Il ne se tire pas de l’infinitif : il vient d’une autre racine et donne quatre formes à apprendre telles quelles, шёл, шла, шло, шли chol, chla, chlo, chli. Tous les composés suivent, d’où пришёл, ушёл, нашёл. Notez que le ё du masculin disparaît dans les trois autres formes, où le radical se réduit au seul ш-.
Au milieu du mot, et non à la fin. Découpez учи-л-а-сь : le -а du féminin est enfermé entre le -л et le suffixe pronominal. Celui-ci prend la forme -ся après une consonne et -сь après une voyelle, d’où учился mais училась, училось, учились.
Sur le radical dans trois cas, был, было, были, et sur la terminaison au féminin, была bylá. Sous la négation, l’accent quitte le verbe et se porte sur la particule : on entend не был, не было, не были comme un seul bloc. Le féminin fait exception et garde son accent final, не была.
Avec не было, figé au neutre, suivi du génitif : У меня не было времени Ou mieniá nié bylo vriémieni, « je n’avais pas le temps » ; Его не было дома, « il n’était pas à la maison ». Cette forme ne s’accorde avec rien. C’est le passé du нет du présent.
Parce que быть au passé met son attribut à l’instrumental, cas qui présente le rôle comme occupé pendant un temps. Au présent, où le verbe ne se dit pas, l’attribut reste au nominatif : Он врач. Le même instrumental s’emploie après стать, devenir, et après работать pour dire en quelle qualité.
бывал est le passé de бывать, « être de temps en temps » : Он часто бывал у нас, « il venait souvent chez nous ». Il s’accorde normalement. Бывало, placé en tête de phrase et détaché par une virgule, devient un mot figé qui installe une habitude ancienne : Бывало, он приходил поздно, « dans le temps, il arrivait tard ». Le verbe qui suit reste à l’imperfectif.
C’est la formule d’ouverture des contes, l’équivalent de « il était une fois ». Elle juxtapose le passé de жить et celui de быть, et les deux verbes s’accordent avec le sujet : Жил-был царь, Жила-была девочка, Жили-были старик и старуха. Elle ne sert qu’à commencer un récit.
Non, la forme du passé n’y est pour rien : c’est le verbe choisi qui le dit. Les deux membres d’une paire aspectuelle forment leur passé de façon identique, et seul le choix entre eux porte l’information. La question est traitée à la page de l’aspect au passé.
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