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Le russe double presque tout son stock de consonnes : une version dure, une version molle. La différence tient au milieu de la langue, relevé vers le palais — et elle sépare des mots entiers.
Le cours de russe se suit dans l’application LIMBA : des leçons audio de 14 minutes, suivies d’exercices écrits, sur iPhone, iPad et Android. L’application est gratuite, et les deux premières leçons aussi. La leçon 1 s’écoute également plus haut sur cette page, en entier.
Une consonne molle, ou palatalisée, se fabrique ainsi : pendant que vous produisez la consonne — les lèvres pour п, la pointe de la langue pour т, peu importe —, le milieu de la langue monte vers le palais dur, comme s’il voulait y prononcer un i. Les deux gestes sont simultanés. Le résultat est un son unique, pas une suite de deux sons.
C’est là toute la difficulté, et elle est réelle. Le français n’a pas de série palatalisée : nous disposons de consonnes, et d’un i que nous plaçons après. Le russe, lui, range la mouillure à l’intérieur de la consonne, où elle commence et finit avec elle.
Dans nos transcriptions, l’apostrophe et le i ne sont que des béquilles de lecture. Ils signalent une consonne molle ; ils ne représentent pas un son ajouté.
Un francophone qui découvre день le lit spontanément « dé-nié », en deux temps, avec une voyelle qui n’existe pas. Ou bien il l’aplatit en « dène », sans mouillure du tout. Les deux versions sont fausses, et la seconde efface une différence de sens.
La position la plus coûteuse est la fin de mot. Le français ne termine aucun mot sur une consonne palatalisée — le gn de « vigne » est bien en fin de mot, mais c’est un autre son, une consonne palatale à part entière. Il faut donc relever le milieu de la langue vers le palais avant de relâcher la consonne, puis s’arrêter net, sans laisser échapper de voyelle. Entre брат brat et брать brat’, tout se joue sur ce dernier centième de seconde.
Deux approximations aident au démarrage, à condition de savoir qu’elles sont approximatives. Le gn d’« agneau » est proche du нь russe ; le groupe -lli- de « million » est proche du ль. Mais le gn français est une consonne autonome, articulée au palais, tandis que le нь russe reste un n dental que la langue vient colorer. L’oreille fait la différence, et il vaut mieux corriger tôt.
La palatalisation ne touche pas toutes les consonnes de la même façon. Quinze lettres possèdent les deux versions ; six autres n’en ont qu’une, et rien ne les fera changer.
| Groupe | Lettres | Exemples |
|---|---|---|
| Les deux versions | б в г д з к л м н п р с т ф х | дом dom — la maison / дядя diádia — l’oncle |
| Toujours dures | ж ш ц | жить jit’ — vivre / цирк tsirk — le cirque |
| Toujours molles | ч щ й | час tchas — l’heure / чай tchaï — le thé |
Les trois dures restent dures même devant une lettre qui promet le contraire. машина machína — la voiture — s’écrit avec и, mais le ш ne s’amollit pas. Cette contradiction entre la lettre et le son relève de la règle des sept lettres, que nous traitons à part.
Les trois molles restent molles même devant a, o, ou. Le ч de час est mouillé, bien qu’un а le suive. Il en va de même pour щ, qui est en outre long.
Une nuance pour les trois vélaires к, г, х : elles ont bien une version molle, mais on ne la rencontre pratiquement que devant и et е. Un к dur devant и est, dans les mots russes, introuvable. Leur mollesse est donc largement automatique, et vous n’avez aucune décision à prendre.
Signalons enfin un vestige, pour que vous ne soyez pas surpris : quelques mots comme дрожжи drójji — la levure — conservaient un ж long et mou dans la prononciation moscovite ancienne. Cette prononciation a presque disparu ; personne ne vous reprochera de l’ignorer.
Voici le point qui déroute à la lecture. Le russe n’ajoute aucun signe à la consonne : il écrit la mollesse sur la lettre suivante. Deux procédés, et deux seulement.
Chaque voyelle russe existe en deux exemplaires. Écrire а ou я après le д ne change pas la voyelle : cela change le d. да da — oui — et дядя diádia le montrent. Le détail des dix lettres appartient à la page des voyelles par paires.
Quand aucune voyelle ne suit — fin de mot, ou consonne suivante —, le russe emploie ь, qui ne se prononce pas : dans cet emploi, il amollit simplement ce qui précède. Il en a d’autres, purement graphiques ou grammaticaux, que détaille signe mou, signe dur.
Conséquence pratique : on ne peut pas lire une consonne russe sans avoir déjà vu la lettre d’après. L’œil doit travailler avec une lettre d’avance. C’est un réflexe qui s’installe en quelques semaines, et c’est l’une des raisons pour lesquelles le déchiffrage reste lent au début, même quand l’alphabet est su par cœur.
Si cette opposition méritait une page entière, c’est qu’elle n’est pas décorative. Elle distingue des mots, et elle distingue des formes grammaticales.
| Consonne | Dure | Molle |
|---|---|---|
| т | брат brat — le frère | брать brat’ — prendre |
| т | ест iest — il mange | есть iest’ — manger |
| т | говорит govorít — il parle | говорить govorít’ — parler |
| с | вес vies — le poids | весь vies’ — tout entier |
| л | ел iel — il mangeait | ель iel’ — l’épicéa |
| л | стал stal — il est devenu | сталь stal’ — l’acier |
| л | угол oúgol — le coin | уголь oúgol’ — le charbon |
| в | кров krov — l’abri (littéraire) | кровь krov’ — le sang |
| р | удар oudár — le coup | ударь oudár’ — frappe ! |
| т | быт byt — le quotidien | быть byt’ — être |
La mollesse se joue aussi au milieu du mot, et parfois sur une voyelle écrite plutôt que sur un signe mou.
Les lignes ест / есть et говорит / говорить montrent un service grammatical majeur : l’infinitif se termine par une consonne molle, la troisième personne du singulier par la même consonne dure. « Il mange » et « manger » ne diffèrent que par là. Une consonne finale mal tenue, et votre interlocuteur entend une autre forme. La règle souffre quelques exceptions — les infinitifs en -ти et en -чь, peu nombreux, se terminent autrement — mais elle couvre l’immense majorité des verbes.
Autre service : la consonne finale molle d’un nom en ь ne dit pas à elle seule le genre. дверь dvier’ — la porte — est féminin, словарь slovár’ — le dictionnaire — est masculin. Trancher demande d’autres indices : voir les trois genres et les féminins en signe mou. Enfin, un nom à radical mou ne se décline pas comme un nom à radical dur ; les paradigmes figurent dans la déclinaison du masculin et celle du féminin, qui appliquent la règle sans la réexpliquer.
La voyelle voisine change de couleur. Une voyelle placée entre deux consonnes molles n’a pas le même timbre qu’entre deux dures. Ajoutez-y l’effet de l’accent tonique, et vous obtenez la matière de la réduction des voyelles.
La consonne dure est marquée, elle aussi. On présente souvent la dure comme la forme « normale ». C’est inexact pour л : le l dur russe est prononcé avec l’arrière de la langue relevé, beaucoup plus sombre que le l français. лампа lámpa — la lampe — et стол stol — la table — le font entendre aussitôt. L’opposition se travaille donc des deux côtés.
La mollesse déteint parfois sur la consonne précédente. Dans здесь zdies’ — ici —, le з s’amollit au contact du д mou qui suit, et c’est la prononciation ordinaire. Mais l’étendue du phénomène est variable selon les groupes de consonnes : il recule chez les jeunes générations, et les manuels ne s’accordent pas sur ses limites. N’en tirez pas une règle à appliquer partout ; voir assourdissement et assimilation.
Cette opposition ne s’apprend pas sur le papier. Vous pouvez décrire la position de la langue en trois lignes ; la produire en fin de mot, dans une phrase ordinaire, demande des semaines d’écoute et d’imitation. C’est exactement le travail que mène notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, à suivre dans l’application LIMBA. Commencez par la première aujourd’hui : брат et брать y sont répétés jusqu’à ce que votre oreille les sépare. Le reste du dossier est rassemblé dans la grammaire complète.
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Une consonne prononcée avec le milieu de la langue relevé vers le palais dur, en même temps que l’articulation principale. C’est un son unique, et non une consonne suivie d’un i.
Quinze lettres possèdent les deux versions. Trois sont toujours dures — ж, ш, ц — et trois toujours molles — ч, щ, й. Les vélaires к, г, х ne s’amollissent en pratique que devant и et е.
Jamais sur la consonne elle-même : par la voyelle qui suit, prise dans la série molle, ou par le signe mou ь quand aucune voyelle ne suit. Il faut donc lire une lettre à l’avance.
Oui, car la mollesse distingue des mots et des formes : брат le frère contre брать prendre, ест il mange contre есть manger. Une consonne finale mal tenue change le sens de la phrase.
Comme point de départ seulement. Le gn d’« agneau » approche le нь russe, et le -lli- de « million » approche le ль, mais ce sont des consonnes françaises autonomes, pas des dentales colorées par le palais.
Dans certains groupes, oui : dans здесь, le з s’amollit au contact du д mou qui suit. Mais l’étendue du phénomène est variable et en recul ; ce n’est pas une règle à appliquer partout, et l’imitation vaut mieux que la déduction.
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