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Le russe ne conjugue pas un verbe à deux futurs. Il en construit un seul, mais de deux façons, et c’est l’aspect du verbe qui décide laquelle.
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Le futur est, de tout le verbe russe, la partie qui demande le moins de mémoire et le plus de décision. Les formes sont peu nombreuses et sans surprise ; ce qui se joue à chaque phrase, c’est le choix de l’aspect, parce qu’il commande la formation.
Le français conjugue un verbe à un futur : « je lirai ». Le russe fait de même, mais chaque verbe appartient d’avance à l’un de deux camps — l’imperfectif ou le perfectif — et ce camp commande la fabrication de sa forme future. Un verbe imperfectif se met au futur au moyen d’un auxiliaire : le verbe быть conjugué, suivi de l’infinitif. Un verbe perfectif se passe d’auxiliaire : il prend les désinences du présent, et ces désinences y valent un futur.
Retenez d’emblée qu’un verbe ne possède pas les deux formes. La question « lequel des deux futurs employer ? » ne se pose donc jamais en ces termes : elle revient à choisir un verbe, c’est-à-dire un aspect. Ce choix relève de la page l’aspect au futur, et la notion elle-même de la page perfectif et imperfectif. Celle que vous lisez ne traite que de la fabrication des formes.
Une réserve, et une seule : les verbes biaspectuels, qui appartiennent aux deux camps à la fois. использовать ispól’zovat’, « utiliser », accepte le futur composé буду использовать aussi bien que le futur simple использую, forme qui vaut par ailleurs pour le présent. Ces verbes sont peu nombreux et se consultent à la page les verbes sans paire.
| Aspect du verbe | Comment se fait le futur | Exemple |
|---|---|---|
| Imperfectif | быть conjugué + infinitif | я буду читать ia boúdou tchitát’ — je lirai |
| Perfectif | désinences du présent, sans auxiliaire | я прочитаю ia protchitáiou — je lirai |
Les grammaires appellent la première forme futur composé et la seconde futur simple. Les deux noms sont commodes, à condition de ne pas y voir deux temps du même verbe.
Cette page prend les choses dans l’ordre où elles se présentent à l’oral. D’abord les six formes de быть, qui servent partout. Ensuite le futur composé, puis le futur simple, et le piège de lecture que ce dernier tend à tout francophone. Viennent enfin les emplois qui déroutent : l’attribut à l’instrumental, la négation, les subordonnées où le russe met un futur là où le français se contente d’un présent, et les tournures d’invitation bâties sur une forme de futur. Quatre séries d’exercices jalonnent le parcours.
Le verbe быть byt’, « être », n’a plus de présent conjugué en russe d’aujourd’hui : il n’en subsiste que есть iest’, forme unique et invariable réservée à l’existence. La phrase ordinaire se passe donc de copule, et l’on dit Он врач On vratch, « il est médecin », sans aucun verbe. Au futur, en revanche, быть réapparaît, pleinement conjugué, sur un radical буд- qui ne ressemble pas à son infinitif. Ces six formes sont à savoir par cœur : elles servent deux fois, comme verbe à part entière et comme auxiliaire.
| Personne | Forme | Transcription |
|---|---|---|
| я | буду | boúdou |
| ты | будешь | boúdiech’ |
| он, она, оно | будет | boúdiet |
| мы | будем | boúdiem |
| вы | будете | boúdietie |
| они | будут | boúdout |
L’accent ne bouge pas : il reste sur бу- aux six personnes, commodité rare dont la page l’accent mobile du verbe montre qu’elle n’est pas la règle. Employé seul, быть au futur traduit tous les emplois du verbe « être ».
Observez la troisième personne du singulier. будет sert aussi dans les phrases sans sujet, celles que le français construit avec « il » impersonnel : « il fera froid ». Aucun mot n’y tient la place du sujet, et la forme reste au singulier. Ces tournures sont décrites à la page les tournures sans sujet. Une poignée de phrases toutes faites s’apprennent d’ailleurs avant toute règle, parce qu’on les entend chaque jour.
Deux prolongements, que cette page se contente de signaler. Devant un nom attribut, le russe met ce nom à l’instrumental : Он будет врачом On boúdiet vratchóm, « il sera médecin ». Et la tournure qui remplace le verbe « avoir », absent du russe, se met au futur par la même forme, accordée avec la chose possédée et non avec le possesseur ; elle fait l’objet d’une page à part entière.
À la forme négative, не se place devant la forme de быть, et le sujet d’une phrase d’absence passe au génitif : Завтра дождя не будет Závtra dojdiá nie boúdiet, « demain il ne pleuvra pas ». Ce basculement de cas est expliqué à la page le génitif de négation.
Ces deux prolongements reviennent plus bas, chacun dans sa section : l’attribut à l’instrumental d’abord, la négation ensuite. Si vous n’en retenez pour l’instant qu’une chose, que ce soit celle-ci : tout ce que le russe dit de l’avenir passe, d’une manière ou d’une autre, par ces six formes, soit comme verbe, soit comme auxiliaire.
La formation ne connaît aucune irrégularité de forme. On conjugue быть selon le sujet, et l’on pose derrière lui l’infinitif imperfectif, qui ne change jamais, quelle que soit la personne. Deux mots, dont un seul porte les marques grammaticales. Un verbe échappe au procédé : быть lui-même, qui est son propre futur et ne s’appuie sur aucun auxiliaire — буду быть ne se dit pas.
| Personne | Forme | Traduction |
|---|---|---|
| я | буду читать boúdou tchitát’ | je lirai |
| ты | будешь читать boúdiech’ tchitát’ | tu liras |
| он, она | будет читать boúdiet tchitát’ | il, elle lira |
| мы | будем читать boúdiem tchitát’ | nous lirons |
| вы | будете читать boúdietie tchitát’ | vous lirez |
| они | будут читать boúdout tchitát’ | ils, elles liront |
Le -у accentué de в саду n’est pas une faute : c’est la forme spéciale décrite à la page le second locatif.
Cette forme en deux mots a une valeur que le français rend mal. Elle annonce une activité qui occupera du temps, sans dire si elle sera menée à son terme : « je serai en train de », « je m’occuperai de », « j’ai l’intention de ». C’est la forme des programmes, des habitudes à venir et des intentions déclarées. Trois compléments lui vont donc naturellement : les indications de durée, les indications de fréquence, et les verbes qui désignent une occupation.
Un verbe pronominal garde son suffixe sur l’infinitif, et rien d’autre ne change. L’auxiliaire, lui, n’en prend jamais.
La forme буду сь n’existe évidemment pas : le suffixe appartient au verbe, non au temps. L’ensemble de ces verbes est traité à la page les verbes en -ся.
L’ordre быть puis infinitif est le plus courant, mais il n’est pas imposé : l’auxiliaire peut passer après l’infinitif, et d’autres mots s’intercaler entre les deux.
L’autre règle est plus rigide, et c’est la seule vraie interdiction de cette page : l’auxiliaire ne se combine qu’avec un infinitif imperfectif. Une suite comme буду прочитать n’existe pas en russe, et un russophone l’entend comme une phrase inachevée. Un verbe perfectif n’a jamais de futur composé, pour la raison exposée à la section suivante.
La raison tient à la logique interne du système. L’auxiliaire annonce un procès qui va se dérouler, s’étendre, occuper du temps ; le perfectif, lui, présente l’action comme un bloc indivisible, vue de son terme. Les deux informations se contredisent, et la langue n’a jamais prévu de forme pour cette contradiction. C’est l’erreur la plus fréquente des francophones débutants, parce que « je vais lire » ressemble tellement à un auxiliaire suivi d’un verbe qu’on le décalque sans y penser.
La parade est simple, et elle consiste à trancher avant d’ouvrir la bouche : si vous pensez au temps que vous y passerez, prenez l’imperfectif avec l’auxiliaire ; si vous pensez au résultat atteint, prenez le perfectif tout seul. Il n’y a pas de troisième voie, et une phrase sur deux de la conversation courante se règle ainsi.
| Forme fautive | Si l’on pense au déroulement | Si l’on pense au résultat |
|---|---|---|
| буду прочитать | буду читать boúdou tchitát’ | прочитаю protchitáiou |
| буду купить | буду покупать boúdou pokoupát’ | куплю kouplioú |
| буду сказать | буду говорить boúdou govorít’ | скажу skajoú |
| буду написать | буду писать boúdou pissát’ | напишу napichoú |
| буду пойти | буду идти boúdou idtí | пойду poïdoú |
Le choix entre les deux colonnes de droite est affaire de sens, et c’est tout le sujet de la page comment choisir l’aspect. La seule chose que cette page vous demande de tenir pour acquise est l’impossibilité de la colonne de gauche.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Un verbe perfectif n’a pas de présent. La chose surprend, puis se comprend : le perfectif donne l’action comme un tout mené à son terme, et l’on ne peut pas achever à l’instant même ce qu’on est en train de faire. Ses désinences de présent restent pourtant disponibles : elles donnent un futur.
Autrement dit, il n’y a rien de nouveau à apprendre : vous conjuguez un verbe perfectif exactement comme vous conjugueriez un imperfectif au présent, avec les deux jeux de terminaisons exposés à la page les deux conjugaisons. Seule la valeur change.
| Personne | прочитать, « lire en entier » | купить, « acheter » |
|---|---|---|
| я | прочитаю protchitáiou | куплю kouplioú |
| ты | прочитаешь protchitáiech’ | купишь koúpich’ |
| он, она | прочитает protchitáiet | купит koúpit |
| мы | прочитаем protchitáiem | купим koúpim |
| вы | прочитаете protchitáietie | купите koúpitie |
| они | прочитают protchitáiout | купят koúpiat |
Le second paradigme concentre deux difficultés. La première personne куплю insère un л que l’infinitif n’a pas : c’est l’une des alternances régulières traitées à la page les alternances du radical, et la même mécanique donne ответить → отвечу otviétchou ou сказать → скажу skajoú. La seconde est l’accent : il tombe sur la désinence à la première personne, puis recule sur le radical aux cinq autres. Le déplacement s’entend et s’apprend avec le verbe.
Comme ces verbes sont ceux de la conversation la plus ordinaire, autant les voir ensemble. Le tableau qui suit donne, pour douze perfectifs d’usage constant, la première personne du singulier, la deuxième du singulier et la troisième du pluriel : avec ces trois formes, les trois autres se devinent sans effort.
| Infinitif | я | ты | они | Sens |
|---|---|---|---|---|
| сказать | скажу skajoú | скажешь skájech’ | скажут skájout | dire |
| написать | напишу napichoú | напишешь napíchech’ | напишут napíchout | écrire |
| купить | куплю kouplioú | купишь koúpich’ | купят koúpiat | acheter |
| взять | возьму voz’moú | возьмёшь voz’mióch’ | возьмут voz’moút | prendre |
| дать | дам dam | дашь dach’ | дадут dadoút | donner |
| пойти | пойду poïdoú | пойдёшь poïdióch’ | пойдут poïdoút | aller à pied |
| прийти | приду pridoú | придёшь pridióch’ | придут pridoút | arriver, venir |
| начать | начну natchnoú | начнёшь natchnióch’ | начнут natchnoút | commencer |
| помочь | помогу pomogoú | поможешь pomójech’ | помогут pomógout | aider |
| смочь | смогу smogoú | сможешь smójech’ | смогут smógout | pouvoir |
| понять | пойму poïmoú | поймёшь poïmióch’ | поймут poïmoút | comprendre |
| увидеть | увижу ouvíjou | увидишь ouvídich’ | увидят ouvídiat | voir, apercevoir |
Cinq de ces verbes changent de consonne ou de voyelle entre l’infinitif et le futur : взять donne возьму, понять donne пойму, начать donne начну, смочь donne смогу, помочь donne помогу. Ces radicaux ne se déduisent pas de l’infinitif et s’apprennent avec lui, comme les listes réunies à la page les verbes irréguliers.
Rien de particulier non plus de ce côté : on conjugue, puis on ajoute le suffixe, qui prend sa forme pleine après une consonne et sa forme réduite après une voyelle. Comme les désinences de présent se terminent tantôt par une voyelle, tantôt par une consonne ou un signe mou, les deux formes alternent dans le même paradigme.
| Personne | Forme | Transcription |
|---|---|---|
| я | вернусь | viernoús’ |
| ты | вернёшься | viernióch’sia |
| он, она | вернётся | vierniótsia |
| мы | вернёмся | vierniómsia |
| вы | вернётесь | viernióties’ |
| они | вернутся | viernoútsia |
Pour dire l’heure d’un rendez-vous ou d’une fermeture, le russe emploie в suivi de l’heure, comme dans ces exemples ; le détail de ces tournures est à la page dire l’heure et la date.
La lettre ё, et les verbes qui sortent du rang. Beaucoup de perfectifs gardent l’accent sur la désinence aux six personnes ; là où cette désinence accentuée est un е, elle s’écrit ё : возьму, возьмёшь, возьмёт voz’moú, voz’mióch’, voz’miót, « je prendrai, tu prendras, il prendra ». Les textes russes ordinaires impriment cette lettre е, sans tréma, ce qui masque à la fois la voyelle et l’accent : voyez la lettre ё, jamais écrite. Enfin, дать et ses composés se conjuguent sur un modèle unique — дам, дашь, даст, дадим, дадите, дадут dam, dach’, dast, dadím, dadítie, dadoút — qu’il faut retenir tel quel, avec les autres formes rebelles rassemblées à la page les verbes irréguliers.
C’est l’obstacle réel de ce chapitre, et il est de lecture avant d’être de production. Я пишу signifie « j’écris » ; Я напишу, qui n’en diffère que par deux lettres en tête, signifie « j’écrirai ». Le préfixe a rendu le verbe perfectif, et le perfectif a fait basculer la forme dans le futur. Rien dans la désinence ne le signale : c’est l’aspect du verbe, donc son vocabulaire, qui porte l’information.
| Imperfectif | Présent | Perfectif | Futur |
|---|---|---|---|
| читать | читаю tchitáiou — je lis | прочитать | прочитаю protchitáiou — je lirai |
| писать | пишу pichoú — j’écris | написать | напишу napichoú — j’écrirai |
| делать | делаю diélaiou — je fais | сделать | сделаю sdiélaiou — je ferai |
| видеть | вижу víjou — je vois | увидеть | увижу ouvíjou — je verrai |
| покупать | покупаю pokoupáiou — j’achète | купить | куплю kouplioú — j’achèterai |
| говорить | говорю govorioú — je parle | сказать | скажу skajoú — je dirai |
| брать | беру bieroú — je prends | взять | возьму voz’moú — je prendrai |
Les trois dernières lignes montrent que le rapport entre les deux verbes n’est pas toujours un simple préfixe : il passe parfois par un suffixe, parfois par un mot entièrement différent. La fabrication de ces couples est décrite aux pages perfectiver par un préfixe et suffixes et paires supplétives. Pour lire une phrase au futur, une seule conséquence compte : un verbe conjugué au présent qui n’est pas imperfectif parle de l’avenir. C’est pourquoi les dictionnaires présentent les verbes russes par paires.
Un lecteur débutant n’a pourtant pas besoin de connaître l’aspect de tous les verbes russes pour s’en sortir. Trois indices suffisent dans la grande majorité des cas. Le premier est le préfixe : un verbe préfixé sans suffixe d’imperfectivation est presque toujours perfectif, et напишу, прочитаю, позвоню se reconnaissent ainsi. Le deuxième est le complément de temps : завтра, « demain », через час tchériez tchas, « dans une heure », ou в среду, « mercredi », lèvent toute hésitation. Le troisième est la négation d’un verbe simple : là où le russe veut dire une absence d’intention, il emploie l’auxiliaire, et l’auxiliaire est visible.
Le vrai danger est l’inverse : prendre un futur pour un présent et comprendre une phrase à l’envers. Я тебе помогу Ia tiebié pomogoú veut dire « je t’aiderai », et non « je t’aide ». Pour dire « je t’aide », il faut l’imperfectif : Я тебе помогаю Ia tiebié pomogáiou. Deux phrases, deux temps, une syllabe de différence à l’oreille.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Voici une conséquence inattendue de l’absence de présent. Au présent, la phrase Он врач n’a pas de verbe, et l’attribut reste au nominatif, comme le sujet. Dès qu’un verbe apparaît — au passé, au futur, à l’infinitif —, l’attribut nominal change de cas et passe à l’instrumental. Le futur en est donc concerné de plein droit : après une forme de быть, le nom attribut se met à l’instrumental.
| Présent, sans verbe | Futur, attribut à l’instrumental | Sens |
|---|---|---|
| Он врач | Он будет врачом On boúdiet vratchóm | il sera médecin |
| Она учительница | Она будет учительницей Oná boúdiet outchítielnitseï | elle sera institutrice |
| Я студент | Я буду студентом Ia boúdou stoudiéntom | je serai étudiant |
| Она студентка | Она будет студенткой Oná boúdiet stoudiéntkoï | elle sera étudiante |
| Мы друзья | Мы будем друзьями My boúdiem drouz’iámi | nous serons amis |
| Он мой друг | Он будет моим другом On boúdiet moím droúgom | il sera mon ami |
Notez que l’adjectif et le possessif suivent le nom dans son cas : моим другом, хорошим врачом. Les désinences de l’instrumental sont exposées à la page de ce cas, et les formes du possessif à la page les possessifs.
La question Кем? mérite un arrêt : c’est l’instrumental de кто, « qui », et c’est la seule manière de demander un métier à venir. Un francophone traduirait volontiers par « qui », donc par кто ; la phrase serait alors incompréhensible. Les formes de ces pronoms figurent à la page les pronoms personnels.
Un mot de prudence sur les adjectifs. Quand l’attribut n’est pas un nom mais un adjectif, le russe dispose de plusieurs constructions, et la plus sûre pour un débutant est la forme courte au nominatif, celle que vous avez déjà vue plus haut : Все будут рады, « tout le monde sera content », ou Он будет свободен On boúdiet svobódien, « il sera libre ». L’instrumental de l’adjectif long existe également dans ce rôle, avec une nuance de qualité durable, mais le partage entre les deux tours est affaire d’usage plus que de règle, et je préfère ne pas le trancher ici. Les deux séries de formes sont décrites aux pages la déclinaison de l’adjectif et la forme courte.
La même mécanique vaut après стать stat’, « devenir », qui est perfectif et fait donc son futur tout seul : Он станет врачом On stániet vratchóm, « il deviendra médecin ». Le cas ne change pas, parce qu’il est commandé par le sens d’attribut, non par le verbe choisi.
La règle de forme est brève : не se place devant le verbe conjugué, donc devant l’auxiliaire au futur composé, et devant le perfectif au futur simple. Mais derrière cette symétrie, les deux négations ne disent pas la même chose, et c’est là que le francophone se trompe sans le savoir.
Nier un futur composé, c’est annoncer qu’on ne fera pas, qu’on refuse, qu’on n’a pas l’intention. Nier un futur simple, c’est annoncer que le résultat ne sera pas atteint : parce que cela n’arrivera pas, ou parce qu’on n’y parviendra pas. La différence est nette à l’oreille russe, et un débutant qui dit l’un pour l’autre se fait comprendre de travers.
| Phrase | Aspect | Ce que le Russe entend |
|---|---|---|
| Я не буду читать эту книгу | imperfectif | je n’ai pas l’intention de la lire, je refuse |
| Я не прочитаю эту книгу за неделю | perfectif | je n’arriverai pas à la lire en une semaine |
| Я не буду тебе звонить | imperfectif | je ne te téléphonerai pas, c’est décidé |
| Я тебе не позвоню | perfectif | l’appel n’aura pas lieu |
| Он не будет приходить | imperfectif | il ne viendra plus, ce ne sera plus son habitude |
| Он не придёт | perfectif | il ne viendra pas, cette fois-ci |
L’interdiction vue plus haut reste évidemment valable sous la négation : не буду прочитать est tout aussi impossible que буду прочитать. Pour refuser, on prend l’imperfectif et l’auxiliaire ; pour nier un résultat, le perfectif seul.
Un détail de forme, pour finir : dans Я не буду этого делать, le complément passe au génitif sous l’effet de la négation. Ce glissement est fréquent, sans être obligatoire partout ; il est traité à la page le génitif de négation, et la place de не dans la phrase à la page la négation.
Voici la construction la plus déroutante de la page, et l’une des plus fréquentes. Quand le russe nie l’existence ou la présence de quelque chose dans l’avenir, deux choses se produisent en même temps. D’abord le verbe se fige : il reste не будет, troisième personne du singulier, même si le nom est au pluriel. Ensuite ce nom quitte le nominatif pour le génitif. La phrase perd son sujet grammatical et devient impersonnelle.
| Il y aura | Il n’y aura pas | Sens |
|---|---|---|
| Завтра будет дождь | Завтра дождя не будет Závtra dojdiá nie boúdiet | demain il ne pleuvra pas |
| У меня будет время | У меня не будет времени Ou mieniá nie boúdiet vriémieni | je n’aurai pas le temps |
| У нас будут гости | У нас не будет гостей Ou nas nie boúdiet gostiéï | nous n’aurons pas d’invités |
| Он будет дома | Его не будет дома Iegó nie boúdiet dóma | il ne sera pas à la maison |
| Там будут люди | Там никого не будет Tam nikogó nie boúdiet | il n’y aura personne là-bas |
Comparez les deux colonnes ligne à ligne : будут гости s’accorde au pluriel, не будет гостей ne s’accorde plus du tout. Et la quatrième ligne vous montre un sujet qui devient complément : он devient его. C’est la règle, et elle vaut pour les personnes comme pour les choses — on dit couramment Меня завтра не будет Mieniá závtra nie boúdiet, « je ne serai pas là demain ». Les formes du génitif sont à la page le génitif, et les pronoms négatifs à la page les pronoms négatifs.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Идти et ехать sont imperfectifs : ils forment donc régulièrement буду идти, буду ехать. Ces formes ne sont pas fautives, mais elles situent une action pendant le trajet — « pendant que je serai en chemin ». Pour annoncer simplement un déplacement à venir, le russe recourt le plus souvent au futur simple des perfectifs correspondants, пойти et поехать.
Le système de ces verbes, qui vont par paires, est exposé aux pages le système des paires et идти ou ходить.
Après un verbe de parole au passé, le russe garde la forme du futur, là où le français passe au conditionnel. Le mécanisme lui-même relève de la page sur la concordance des temps ; il suffit ici de savoir reconnaître la forme.
Le raisonnement russe est d’une logique parfaite : au moment où la personne parlait, l’action était encore à venir, donc elle se dit au futur, et ce futur ne recule pas sous l’effet du verbe introducteur. Le français, lui, aligne la subordonnée sur le passé de la principale. La règle complète est à la page la concordance des temps.
Il n’existe pas de futur antérieur : aucune forme ne correspond à « j’aurai fini ». Une subordonnée introduite par когда ou если se met simplement au futur, et le sens d’antériorité vient du perfectif.
Il n’a pas non plus de tournure comparable à « aller faire » : Что ты будешь делать? couvre « que feras-tu ? » comme « qu’est-ce que tu vas faire ? ».
Les deux exemples de la section précédente méritent mieux qu’une mention, parce qu’ils touchent une habitude profonde du français. Dans une subordonnée de temps ou de condition, nous laissons très volontiers filer un présent : « quand j’arrive demain, je t’appelle », « si j’ai le temps, je passerai ». Le russe ne le permet pas. Si le fait est à venir, la subordonnée porte un futur, tout comme la principale. La phrase russe contient donc deux futurs là où la française n’en met souvent qu’un.
| Français | Russe | Ce qui change |
|---|---|---|
| Quand j’arriverai, je téléphonerai | Когда я приеду, я позвоню Kogdá ia priiédou, ia pozvonioú | deux perfectifs au futur |
| Dès que j’aurai fini, je t’écrirai | Как только я закончу, я тебе напишу Kak tól’ko ia zakóntchou, ia tiebié napichoú | pas de futur antérieur |
| S’il y a le temps, nous nous promènerons | Если будет время, мы погуляем Iésli boúdiet vriémia, my pogouliáiem | présent en français, futur en russe |
| Si tu réussis l’examen, nous fêterons cela | Если ты сдашь экзамен, мы это отпразднуем Iésli ty sdach’ èkzámien, my èto otpráznouiem | présent en français, futur en russe |
| Pendant que tu te reposeras, je préparerai le dîner | Пока ты будешь отдыхать, я приготовлю ужин Poká ty boúdiech’ otdykhát’, ia prigotóvliou oújin | futur composé, car le procès dure |
| Attends que je revienne | Подожди, пока я не вернусь Podojdí, poká ia nie viernoús’ | un не qui ne nie rien |
Trois remarques sur ce tableau. La première concerne le choix de l’aspect dans la subordonnée : Пока ты будешь отдыхать emploie le futur composé parce que le repos dure et sert de cadre, tandis que Когда я приеду emploie le perfectif parce que l’arrivée est un point. Le russe distingue ainsi, par le seul aspect, ce que le français marque par le choix de la conjonction.
La deuxième porte sur la dernière ligne. Après пока не, la négation n’a aucune valeur négative : la tournure signifie « jusqu’à ce que », et le verbe se met au futur perfectif. C’est un tour figé, à retenir comme un bloc. Le fonctionnement général de ces propositions est décrit à la page les subordonnées.
La troisième est une mise en garde sur если. Ce mot traduit le « si » de la condition, jamais le « si » des questions indirectes. « Je ne sais pas s’il viendra » se dit avec la particule ли : Я не знаю, придёт ли он Ia nie znáiou, pridiót li on. Et если бы, avec la particule бы, n’est plus une condition réelle mais une hypothèse contraire aux faits, qui appartient au conditionnel. Les questions indirectes relèvent de la page poser une question.
Le dernier exemple réunit tout ce que cette page a exposé : la tournure de possession, le futur de быть accordé avec la chose possédée, le futur dans la subordonnée de condition, et un perfectif seul dans la principale. Quatre règles dans six mots.
Après avoir dit que le russe met un futur là où le français met un présent, il faut admettre l’inverse, qui est tout aussi vrai dans un cas précis. Pour un déplacement ou un événement programmé, décidé, inscrit dans un emploi du temps, le russe emploie couramment le présent de l’imperfectif, comme le français : « demain je vais à Moscou », « samedi nous allons au théâtre ». Le procédé est surtout naturel avec les verbes de mouvement, et il demande en général un repère de temps explicite.
Le même déplacement se dit donc de trois façons, et les trois sont correctes. Elles ne disent pas la même chose, et le tableau suivant les sépare.
| Forme | Valeur |
|---|---|
| Завтра я еду в Москву Závtra ia iédou v Moskvoú | présent : le départ est arrêté, le billet est pris |
| Завтра я поеду в Москву Závtra ia poiédou v Moskvoú | futur simple : annonce neutre d’un déplacement |
| Завтра я буду ехать в Москву Závtra ia boúdou iékhat’ v Moskvoú | futur composé : pendant le trajet, et rien d’autre |
La troisième ligne est la moins employée, et c’est justement celle que fabrique un francophone qui raisonne par l’auxiliaire. Elle ne convient que si l’on veut dire ce qui occupera le trajet : Завтра я буду ехать весь день Závtra ia boúdou iékhat’ vies’ dien’, « demain je serai en route toute la journée ». Pour tout le reste, prenez le présent si la décision est prise, le futur simple sinon. Le détail de ces verbes est aux pages ехать ou ездить et les préfixes de mouvement.
Le futur sert à une dernière chose, et elle est d’un usage quotidien : proposer, inviter, entraîner l’autre. Là où le français dispose d’un impératif de première personne du pluriel — « allons », « commençons », « prenons un café » —, le russe n’en a pas. Il utilise à sa place la première personne du pluriel du futur, seule ou précédée de давай.
Le mot давай davái est à l’origine l’impératif de давать, « donner » ; il a perdu ce sens dans cet emploi et fonctionne comme une invitation. Il prend -те quand on s’adresse à plusieurs personnes ou à une seule que l’on vouvoie : давайте davaïtie. Le partage entre les deux est exactement celui du tutoiement et du vouvoiement, décrit à la page tutoyer ou vouvoyer.
| Tournure | Exemple | Emploi |
|---|---|---|
| давай + 1re pers. du pluriel, perfectif | Давай пойдём в кино Davái poïdióm v kinó | à une personne que l’on tutoie |
| давайте + 1re pers. du pluriel, perfectif | Давайте начнём Davaïtie natchnióm | à plusieurs, ou avec vouvoiement |
| давай, давайте + infinitif imperfectif | Давайте говорить по-русски Davaïtie govorít’ po-roússki | proposer une activité qui va durer |
| 1re pers. du pluriel seule | Пойдём? Poïdióm ? | proposition brève, très courante |
| 2e pers. du futur, à l’interrogatif | Поможешь мне? Pomójech’ mnie ? | demande atténuée, presque polie |
| давайте не будем + infinitif | Давайте не будем спорить Davaïtie nie boúdiem spórit’ | proposition négative, ton conciliant |
Retenez la règle de répartition, qui est nette : avec un perfectif, on emploie la forme conjuguée de la première personne du pluriel ; avec un imperfectif, on emploie l’infinitif. On dit donc Давай посмотрим этот фильм Davái posmótrim ètot fil’m, « regardons ce film », et Давай смотреть телевизор si l’on propose de passer la soirée devant la télévision. La première tournure est de loin la plus fréquente, parce qu’une proposition porte le plus souvent sur une action nette.
Rien de tout cela n’est de l’impératif au sens propre : les formes employées sont bien des futurs, et c’est l’intonation, plus la présence de давай, qui en fait une invitation. L’impératif véritable, celui qui s’adresse à l’autre et non au groupe, se forme autrement et fait l’objet de la page former l’impératif. Un détail d’oreille, pour terminer : Пойдём? avec une intonation montante propose, tandis que Пойдём. sur un ton descendant décide pour deux.
Deux formes, un seul réflexe à acquérir. La mécanique tient en dix lignes ; la produire sans hésiter suppose de connaître l’aspect du verbe au moment où l’on ouvre la bouche. C’est un travail d’oreille plus que de mémoire, et c’est exactement ce que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La méthode LIMBA s’écoute dans l’application LIMBA, gratuite sur l’App Store et sur Google Play : ouvrez la première leçon et faites-la aujourd’hui, quatorze minutes suffisent. Pour les autres formes du verbe, voyez le passé, l’impératif et le conditionnel ; pour une vue générale, comment le verbe fonctionne.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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De deux façons, selon le verbe choisi : я буду делать ia boúdou diélat’ avec l’imperfectif, я сделаю ia sdiélaiou avec le perfectif. Les deux se traduisent par « je ferai ». Ce ne sont pas deux temps d’un même verbe, mais les futurs de deux verbes différents.
Sur un radical буд- : буду, будешь, будет, будем, будете, будут. L’accent reste sur la première syllabe aux six personnes. Ces formes servent de verbe « être » et d’auxiliaire du futur composé.
Parce que l’auxiliaire ne se combine qu’avec un infinitif imperfectif. Un verbe perfectif construit son futur seul, au moyen des désinences du présent : прочитаю. La suite буду прочитать n’existe dans aucun registre du russe.
Par l’aspect du verbe, jamais par la désinence, qui est la même. Я пишу signifie « j’écris » parce que писать est imperfectif ; Я напишу signifie « j’écrirai » parce que написать est perfectif. Il faut donc apprendre les verbes par paires.
Non. Aucune forme russe ne correspond à « j’aurai fini ». La subordonnée se met au futur simple et le perfectif suffit à marquer l’antériorité : Когда я закончу, я позвоню Kogdá ia zakóntchou, ia pozvonioú, « quand j’aurai fini, je téléphonerai ».
En plaçant не devant la forme conjuguée : я не буду ждать « je n’attendrai pas », он не придёт « il ne viendra pas ». Quand la phrase nie une existence, le nom passe au génitif : Завтра дождя не будет.
Oui, et nettement. Я не буду читать эту книгу annonce un refus ou une absence d’intention ; Я не прочитаю эту книгу за неделю annonce que le résultat ne sera pas atteint, que l’on n’y parviendra pas. L’imperfectif nie l’activité, le perfectif nie l’aboutissement.
Il passe au génitif, et le verbe se fige à la troisième personne du singulier, même devant un pluriel : У нас не будет гостей Ou nas nie boúdiet gostiéï, « nous n’aurons pas d’invités », face à У нас будут гости. Pour une personne, le sujet devient complément : Его не будет дома.
Он будет врачом On boúdiet vratchóm, avec le nom attribut à l’instrumental. Au présent, où le verbe ne se dit pas, l’attribut reste au nominatif : Он врач. Dès qu’une forme de быть apparaît, le cas change.
Oui, dès que le fait est à venir, et c’est une faute fréquente chez les francophones. On dit Если будет время, мы погуляем et non une forme de présent, alors que le français dit « s’il y a le temps ». La principale et la subordonnée portent donc deux futurs.
Oui, pour un projet arrêté, surtout avec les verbes de mouvement et avec un repère de temps : Завтра я еду в Москву Závtra ia iédou v Moskvoú, « demain je vais à Moscou ». La décision est prise. Завтра я поеду в Москву reste une annonce neutre.
Давай пойдём в кино Davái poïdióm v kinó à une personne que l’on tutoie, Давайте пойдём в кино à plusieurs ou avec vouvoiement. La première personne du pluriel du futur suffit d’ailleurs seule : Пойдём в кино?
Non. Au futur composé, le suffixe reste sur l’infinitif : я буду готовиться. Au futur simple, il s’ajoute aux désinences ordinaires, sous sa forme pleine après une consonne et réduite après une voyelle : вернусь, вернёшься, вернётся, вернёмся, вернётесь, вернутся.
У меня не будет времени Ou mieniá nie boúdiet vriémieni. La forme affirmative est У меня будет время, au nominatif ; sous la négation, le nom passe au génitif et быть reste au singulier.
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